RÉPONSE A OUELQUES OBJECTIONS. — LA SUISSE
des expéditions en Italie, en Allemagne, et jusqu’en Amérique; le manœuvre y est payé k raison d’au moins huit batzen par jour, environ 1 fr. 25 c. Si l’on considère que ce chiffre doit être comparé, non pas au taux exceptionnel des salaires de Paris, mais à celui des salaires dans les départements, l’on verra que cette rétribution du travail n’est pas si restreinte qu'on a bien voulu le dire.
A Zurich, dans la fabrique de M. Escher, le manœuvre reçoit dix batzen par jour, c’est-à-dire 1 fr. 50 c.
Voilà deux points de départ d’après lesquels vous pouvez juger de la question des salaires en Suisse. Ainsi ce pays profite de la liberté du commerce, et ses ouvriers en profitent également.
On a raison de parler, de sp préoccuper beaucoup des ouvriers; nous serions le premier à demander le maintien du régime prohibitif, si nous le jugions utile aux travailleurs. Mais la conviction qui nous anime, c’est que ce régime est le fléau le plus funeste pour les classes laborieuses. C’est pourquoi nous ne cesserons d’en réclamer avec énergie la suppression.
L’industrie suisse est forte, elle est toujours prête à suivre le mouvement progressif de la production, à répondre aux éventualités de l’avenir. Nous vivons à une époque où cette position, cette aptitude de l’industrie à se prêter aux besoins du marché doit être prisée plus que jamais. Nous ne saurions fermer les yeux sur les modifications graves que prépare un avenir prochain. Est-ce que vous croyez que les chemins de fer qui vont sillonnant l’Europe n’auront pas
un grand résultat à l’égard des relations commerciales? Kst-ce que vous croyez que la vapeur qui franchit les distances avec une rapidité effrayante, que la vapeur qui sillonne les mers et le continent, n’entraînera pas la nécessité de rapports commerciaux plus faciles, plus intimes? Est-ce que toutes les industries ne doivent pas se préparer pour le jour où l’heure de la liberté sonnera, parce que la liberté sera devenue une nécessité?
Aujourd’hui, permettez-moi de vous le dire, l’avertissement que nous donnons aux industriels, qui vivent sous le régime commode de la prohibition et de la protection, est dans leur propre intérêt.
La liberté commerciale n’a pas besoin de nos efforts. J’ai la conviction profonde qu’elle triomphera d’ellemêmc; les faits, plus forts que la volonté humaine, lui donneront gain de cause. La seule question qui doive s’agiter maintenant, c’est de savoir comment et au bout de quel temps elle l’emportera. Grâce aux chemins de fer, grâce à la facilité de la circulation, son triomphe est assuré. C’est une nouvelle ère qui se prépare pour l’humanité.
Chacune des grandes inventions qui ont signalé le génie humain a été comme le précurseur d’une grande révolution. Un peu de fer lancé dans l’espace par un peu de poudre a brisé l’armure de la féodalité; un peu de plomb fondu dans un moule et devenu caractère d’imprimerie a ouvert â tous les peuples le libre commerce intellectuel. Pensez-vous que ces deux barres de fer posées parallèlement sur le sol, sur les-
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quelles glisse la locomotive entraînée par un peu d eau condensée dans son sein, ne renverseront pas la barrière des douanes? J’ai la conviction que ces deux rails la briseront; le génie de Watt complétera l’œuvre du génie de Guttenberg, et cette conviction profonde me ramène à la pensée des paroles célèbres: La liberté commerciale est comme le soleil, aveugle qui ne la voit pas se lever à l’horizon I