Cahier de Vantabres (A. P. VI, /i
16 LA LIBERTÉ D*ENSBIQNEMENT
de son crédit sur TAssemblée législative pour employer renseignement d'État au succès exclasif de son influence et de ses doctrines.
En résumé, il n'y avait parmi les Français en 1789 ni doute, ni discussion sur l'objet, sur la forme de l'enseignement. Dupont de Nemours ne faisait que résumer ce que nous venons d'analyser lorsque, appuyé sur les Cahiers, il disait le 24 septembre à la Constituante : « Nous savons tous que le système de l'éducation publique est tout à fait mauvais. Il y a une multitude d'établissements à faire depuis les simples écoles de cam* pagne jusqu'aux Universités. » Fonder un enseignenaent d'État complet, depuis l'école primaire jusqu'aux plus hauts établissements d'instruction, telle est l'œuvre scolaire que la nation a prescrite aux États Généraux.
Elle ne se soucie guère de savoir qui aura le droit d'être professeur, mais comment elle se procurera des maîtres pour ses besoins, et les meilleurs.. Elle ne s'inquiète pas des enseignements et des programmes qu'il pourrait convenir aux particuliers de répandre ou d'essayer, ni du droit qu'ils y peuvent prétendre. Elle ne s'en remet plus à l'industrie ou à la bonne volonté des citoyens du soin d'enseigner aux enfants
les connaissances et les principes nécessaires à son existence et à son bonheur. G*est un point de vue nouveau, exclusif des habitudes anciennes : l'instmclion doit devenir une fonction et un service publics. Les devoirs du Gouvernement lui créent des droits, dont les Français ne songent môme pas à exanainer l'étendue et les limites. Est-ce que la sollicitation d'un bienfait comporte des conditions au bienfaiteur ?
Voilà l'état d'esprit des Français en 1789, trop souvent méconnu : pour eux l'instruction de l'État devait être un bienfait. Ils n'y voyaient ni monopole ni oppression.
On nous propose, en face de cette conception, l' exemple et les institutions d'autres peuples que l'initiative et l'émulation des citoyens ou des libéralités particulières et incessantes ont toujours dispensés de l'intervention du gouvernement.
Ce qu'on oublie de dire, c'est que ce régime d'instruction, nos pères l'ont connu pendant des siècles, et que par expérience, non point par système, ils l'ont résolument condamné, dans son principe même. Il leur a paru que la ruine des études, c'est l'avis du clergé de Bordeaux *,