Voir ce projet Ibidem II ï, p
48 LA LIBERTÉ D*BNSEIGNEMENT
l'on comprend mal que M. Poincaré ait dit récemment : < Je choisis le décret du 29 frimaire an II par lequel la Révolution a proclamé la liberté d'enseignement. »
Singulière liberté en vérité que celle qui fut proclamée ce jour-là, et droit plus singulier encore que le droit alors accordé à tout Français, par la section III du même décret de se faire instituteur, salarié par la nation en raison du nombre de ses élèves, d'avoir des écoles dont les méthodes et l'enseignement « auront pour objet la Constitution et la morale républicaine, et comme moyens les livres seulement adoptés par la représentation nationale », placées sous la surveillance la plus étroite des Sociétés populaires et des comités républicains. Si la République actuelle remplaçait la loi Falloux et môme celle de 1886 par une loi qui proscrirait l'instruction dans la famille, interdirait les leçons particulières et les fmctions d'instituteur public à qui ne serait pas républicain, l'emploi enfin dans les écoles de livres non approuvés par le Parlement, trouverait-on que, pour n'empêcher aucun républicain de prétendre à l'enseignement, elle aurait hautement proclamé les droits naturels des Français à enseigner, à instruire leurs enfants selon leur
gré? C'est pourtant ce que, sans lire ni citer exactement, on dit de la Convention et de la loi du 29 frimaire an IL Quand Bouquier appelait son œuvre, une « revanche sur les spéculatifs *», sur les partisans et les admirateurs de Condorcet, il ne se faisait pas de la liberté et du droit d'enseigner la même idée qu'eux.
Quelle idée s'en faisait-il donc, et pourquoi proclamait-il ce droit? Et la Convention avec lui? Pour qui connaît déjà les projets de Mirabeau et de Talleyrand, les motifs et les calculs budgé* taires de ces hommes d'Etat, la réponse est aisée. Hommes d'État aussi, dont on peut discuter la politique et les moyens, mais dont on ne peut nier l'activité et les desseins pratiques, ces conventionnels qui, dans les crises de 1793, du Comité de Salut public, gouvernaient la France, et, à la Convention, lui donnaient des lois.^ Beaucoup d'entre eux pensaient des programmes de Condorcet et de ses imitateurs ce que disait brutalement Coupé de l'Oise, le 2 juillet-
Le dédain de la science et de la théorie, ils le poussaient même à un point où il fit tort, par une sorte de jalousie mesquine et d'envie assez basse contrôles hautes études et les supériorités d'esprit,