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Amb. Rendu, Sssai sur rinstruction publique, t. I

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réaction des procédés de son goût. Grâce à la liberté, le premier venu ouvrait école ou pension, avec l'obligation absolue de réussir par tous les moyens contre des établissements subventionnés par rÉtat. Et l'État, déjà mal disposé à se charger d'un grand service public, hésitait plus encore à le défendre contre les succès des particuliers. Les mots de nullité, de ruine, de torpeur, di^ anéantissement sont ceux dont tous les contemporains*, et même des évéques se sont alors servis pour marquer la situation des études^.

Triste résultat pour une nation qui avait tant espéré, réclamé dès la première heure son droit à l'éducation comme à la liberté, de trouver le temple livré par les politiques aux marchands ! En face de leur commerce élevé à la dignité de

\ . Motion de Luminais aux Cinq-Cents, 28 brumaire an VI. (i/(WtYé?ttr,3 et 4 frimaire (novembre 1798.)— (Consulter A. Duruy ouv. ciié, et Babeau, V École de villuge de la Révolution. (Statistique des préfets de l'an IX, p. 110 à 300.) — Enfin Buisson, Dictionnaire de Pédagogie: Consulat.

2. Rien n'est plus curieux que d'entendre des évéques déplorer ainsi les effets funestes de la libre industrie de l'école établie depuis 1795, notamment la ruine des études : c L^éducalion, écrit Tun d'eux, esl aujourd'hui le partage du premier, venu et on a la douleur de la voir exercer par des cens qui n*ont ni savoir ni principes ; on instruit très mal : il serait à désirer que qui que ce fM ne pût s'ingérer à faire des établissements, des pensionnats particuliers sans être autorisé. » (Amb. Rendu, Bssai sur VInst, publ., t. 1, p. 236.)

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droit natarely les gardiens de sa foi et de ses espérances lai offrent l'asile d'on édifice scolaire incomplet, inhabitable et désert.

Dans cette détresse» oifin, la France pat voir rÉglise et certains ordres religieox reconstitaer les écoles de l'ancien régime, j attirer, grâce à an ba iget sapériear à celai des particuliers et peatétre aa maigre budget de TÉtat, la jeonesse des campagnes et des Tilles et prêcher une doctrine de contre-ré volation nettement hostile aux principes de 17S9.

C'est alors l'époqae, unique dans notre histoire, où la religion demeure, après le schisme et les crises de la Révolution, complètement séparée de rÉtat, où Tespoir semble interdit à TEgiise romaine, dans cette liberté générale des croyances et des opinions» de refaire une croyance officielle. Que de changements en ces six années ! Les prêtres ne songent guère désormais à recommander an enseignement national où leur dogme n'aurait plus place. Ils mettent à Tindex parmi leurs fidèles des écoles publiques dont les livres sont des manuels d'éducation républicaine, les détournent d'institutions qui « n'enseignent ni le catéchisme, ni à répondre à la messe ». Ils les invitent, suivant l'instruction

des vicaires généraux de Toulouse, répandue dans le Midi à profusion en 1797, à se procurer et à soutenir des instituteurs catholiques : « On en a la liberté », disent-ils, formellement inscrite dans la loi organique de l'an IV*. Et comme Tindustrîe privée et TÉtat fournissent des maîtres médiocres, les offres de l'Église n'ont guère tardé à séduire le client, et la concurrence lui a été aussitôt très favorable.

GeteflPort, ces calculs et ces succès du parti catholique ont achevé de donner au problème de la liberté d'enseignement son dernier caractère, celui qu'il a pris décidément dans nos débats contemporains : la forme d'une lutte engagée par une religion soucieuse de défendre ou d'imposer ses principes, d'augmenter ou de reconquérir ses fidèles, de se les attacher depuis l'enfance et par l'éducation, de les détourner enfin des maisons de l'État indiflFérent désormais à toute espèce de culte.

Quand les Constituants et même la Convention proclamaient la liberté des ateliers scolaires, il' les soumettaient tous à l'obligation d'un ensei-

1. Voir l'interpellation du député des Cinq-Cents, Pérès de la Haute-Garonne au Moniteur (9 ventôse an VI, 28 février 1798) et les citations insérées dans le livre de Hue, la Loi FaUoux% Paris, Cornély, 1900, p. 154 et suivantes.

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gnemeot général qui excluait d'avance tonte éducation contre-révolutionnaire. Et lorsque Coadorcet et les législateurs de L'an IV supprimaient en partie cette obligation, affranchissaient les hautes études de l'autorité politique, c'était avec le dessein de favoriser la libre recherche de la science. « La première condition de toute instruction, disait Gondorcet, est de n'enseigner que des vérités. ■ Évidemment, il ne songeait pas aux vérités révélées :tout dogme devait disparaître de l'école, dogme politique aussi bien que dogme religieux*. C'était pour ces philosophes la conséquence de la liberté naturelle des opinions, et pour ces savants la condition du progrès. Ce fut, à partir du jour où la persécution religieuse eut cessé, pour les croyants aussi bien que pour les penseurs, le fondement d'un droit qu'ils revendiquèrent. Et leur propagande trouva dans l' école laissée à l'industrie des particuliers, une ressource aussitôt employée à la restauration de l'idée religieuse, un instrument de revanche.

Si l'on en juge par les plaintes, qui paraissent

1. Gondorcet, premier mémoire sur VInslr%ction publique, CEuvres, t. IX, p. 51. — 2» Mémoire, t. IX, p. 123 et 17), € C'est surtoul entre les Tonetions ecclésIasUques et celles de l'instriiclion qu'il csl nécessaire d eiablir une incompatil>illlé absolue. . — Rapport, p, 459 et p. 478, noie.

justifiées, des républicains de Tan VI et de Tan VII, la revanche de TÉglise appuyée sur la liberté d'enseignement, favorisée par Tinsufâsanca des écoles publiques, était alors complète.

Rien n'est plus curieux que de considérer les armes forgées par ces républicains, successivement, à mesure que leur défaite parut s'accentuer. D'abord, un arrêté du Directoire pour /air^ prospérer Vinstruction publique : t Nul ne pourra occuper une place dépendant du gouvernement ou obtenir un avancement^ s'il ne fournit un certificat de fréquentation des écoles centrales de la République. — Tout fonctionnaire marié devra' certifier que ses enfants fréquentent les écoles nationales » (17 novembre 1797). — Trois mois après, second arrêté prescrivant aux autorités municipales d'imposer aux écoles particulières l'enseignement de la Constitution et la célébration des fêtes républicaines (5 février 1798). — Enfin, un message du Directoire, pour inviter, le 23 novembre 1798, les. Cinq-Cents à prescrire, par mesure législative, un mode de réception aux fonctions d'instituteur, même particulier, des examens de civisme, de mœurs et de talents.

Ainsi, obligation pour les fonctionnaires de frér quenter les écoles de l'État, surveillance étroite

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des institutions particulières, enfin exanaens d'État pour tous les maîtres sans distinction, voilà les principales mesures imaginées contre le développement des maisons religieuses par les hommes du Directoire. Elles ne diffèrent guère des projets conçus de notre temps plus que les raisons employées pour les combattre alors ne diffèrent de celles dont on se sert aujourd'hui : droit des pères de famille et liberté de conscience de Tenfant et du maître, liberté des méthodes.

Après un siècle de conflits, la France de 1900 discute ce problème avec les mêmes arguments de part et d'autre que la France de 1800. « La République est en danger », s'écriait un membre des Cinq-Cents *'. — « Vous ne pouvez, ripostait BouUay de la Meurthe, dépouiller les pères d'un droit qu'ils tiennent de la Constitution, des lois et {jIus encore du titre sacré de père. Tous les moyens de contrainte .seraient odieux, tous les efforts stériles*. » Ce langage, nous l'entendons encore.

Telle est l'histoire des premières lois relatives à la liberté d'enseignement. C'est une succession de mesures et d'arrêtés qui alternent et se contre -

1. Duplantier de la Gironde, séance du 24 nivôse an VII, 13 janvier 1799. [Moniteur, p. 486.)

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