J. Simon, De la Liàerté civile^ p
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pagne de Prusse *. Après la paix de Tilsitt, le 17 mars 1808, les décrets d'organisation étaient promulgués, et l'œuvre s'achevait en 1811*, dans le plein épanouissement de la conquête napoléonienne à laquelle le tzar n'avait pas encore donné, à la tête des peuples coalisés, l'assaut
décisif.
Pour la juger, il faut la replacer dans le milieu et les circonstances où elle a pris naissance, la rattacher à ce programme d'expansion française, que le conquérant n'a jamais cru impossible de réaliser d'une manière durable par les armes, la puissance de son génie militaire, et la force de ses institutions civiles.
L'objet et le principe de l'Université se trouvent inscrits à l'article 1«' de la loi de 1808 : « 11 sera formé sous le nom d'Université impériale un corps chargé exclusivement de l'enseignement et de V éducation publique dans tout V Empire. » Quand on parle de celte institution impériale, c'est un tort grave d'oublier qu'elle accompagnait
1 . Eugène Rendu, Ambr. Rendu et VUniversité^ 1861 , passim. — De Riancey, Histoire de V Instruction publique, 1844.— A. Rendu, Code universitaire, préface de 1827. — De Heauchamp, Recueil des lois et règlements de V Enseignement supérieur, 4 vol.
2. Décrets du 15 novembre 1811 (De Beauchamp, ouv,cité, et Procès-verbauœ de V Université (manuscrits aux Archives de llnstpuction publique).
les conquêtes matérielles pour les compléter, et •en assurer la durée : habituer non seulement la jeunesse française, mais toute la jeunesse de l'Empire, fils d'étrangers à peine soumis, au régime militaire, l'attacher à cette centralisation par d'autres liens que la victoire, la préparer aux fonctions publiques, la fondre pour ainsi dire dans la hiérarchie administrative et dans l'année par une éducation commune et forte, tel fut le dessein très réalisable aux yeux d'un conquérant qui, en six années à peine, avait réduit TEurope à ses lois ^
L'instrument qu'il choisit, ce fut un corps enseignant, a seul moyen, disait-il, de diriger les opinions politiques et morales*». Il n'y avait pas songé pour la France en 1802. Pour l'Eraiûre, •en 1804, et pour la conquête intellectuelle qu'il finéditait d'en faire, un service d'instruction pu-
1 . €e dessein est déjà indiqué dans un rapport très curieux de If ourcroy du 20 avril 1802, cité par Beauchamp: « Les peuples réunis à la France, qui parlent un langage difTcrent et accou- •tumés à des institutions étrangères, ont besoin de renoncer à •d'anciennes habitudes et de se former sur celle de leur nouvelle patrie, ne peuvent trouver chez eux les moyens nécessaires pour donner à leurs fils rinstruclion, les mœurs qui •doivent^ les confondre avec les Français. » Ce fut à Turin, si J'on en croit Rendu (Code universitaire) j que Napoléon se décida.
2. Paroles de Napoléon au Conseil d'Etat du 11 mars 1806 ailées par Pelet de la Lozère, p. 161.
blique analogue à des administrations dédouanes ou de domaines ne pouvait suffire ^ C'était une croisade ; il fallait des missions escortant en Italie et en Germanie le nouveau Charlemagne^ des apôtres dévoués à sa gloire, à son œuvre, satisfaits et fiers d'appartenir à un corps qui soutînt en eux l'esprit de dévouement et leur donnât l'autorité morale et la considération, presque des moines. Un instant, Napoléon avait pensé à employer des congrégations existantes, Oratoriens, Bénédictins^ : bien vite, il crut plus prudent de faire une congrégation à son usage ^, et créa pour l'Empire l'Université dont les membres devaient contracter des vœux d'un nouveau genre, c des obligations civiles, spéciales et temporaires »» C'est l'article 2 de la loi constitutive. Le nom que Napoléon empruntait au moyen âge comme son titre impérial était ancien et connu. On lui donna un sens nouveau. L'Université fut un ordre, comme celui de Malte, avec son grand maître et son conseil ; des membres laïques se résignant a u célibat pour dévouer toute leur vie sans réserve au maître et à l'œuvre; avec des biens constitués