‹ La liberté d'enseignement: histoire et doctrineChapitre 30 sur 103 · Eug. Rendu, Amà, Rendu et P Université, p · texte numérisé non relu

Eug. Rendu, Amà, Rendu et P Université, p

3. Pelel de la Lozère, p. 162, 163, 167 d'après le souvenir des paroles prononcées par Bonaparte au Conseil d'État.

par une dotation de TÉtat, entretenus parle droit d'acquérir, accrus de taxes universitaires, véritables dîmes de la croisade ; un dogme, enfin, résumé dans un catéchisme impérial, en l'honneur de deux divinités, Dieu et l'Empereur S évangile très simple de cette croisade destinée à fixer parmi les générations futures de l'Empire les idées et Tamour des bienfaits du gouvernement impérial, les moeurs et les sentiments de la France victorieuse^. Conception en résumé, et institution très singulières, difficiles à comprendre sans l'esprit de conquête qui les fit naître et les éclaire.

Lorsqu'une armée s'installe dans le pays vaincu, le chef prend et lui donne tous les pouvoirs. Ce fut la source de l'autorité, chaque jour plus grande, qui fut attribuée par Napoléon à cette chevalerie enseignante. Toutes les écoles secondaires et primaires, libres et publiques par le d écret de

1808, les petits séminaires même par celui de

1809, tous les maîtres furent rattachés à la hié-

1. D^HaussonvilIe, VÉglise romaine et le Premier Smpire^ MI, p. 257 (rapport de Porlalis du 13 février 1806).

2. Décrets du 17 mars 1808 et particulièrement mémoire du 1-* février 1811, cité par Taine (II, p. 121) : Sur les moyens de développer dans l'Université l'esprit de corps. « Ils épouseront rinstniction publique, comme leurs devanciers épousaient i'Église ! » — Voir pour les Décrets relatifs aux taxes et les arrêtés, De Beauchamp {recueil cité)*

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rafchie de Tordre, soumis à ses prescriptions, à sa direction.

Les décrets de 1811 ^ furent plus rigoureux encore : comme l'Empereur s'apprêtait à créer dans l'Empire 100 lycées de plus, les établissements particuliers des villes qui étaient ou allaient être pourvus de ces lycées durent y conduire leurs élèves, ne recevoir de pensionnaires que si Tinternat public était complet. Leur vie et leur développement furent subordonnés à la prospérité des maisons d'Etat. Dans les villes même qui ne recevaient point de lycées, les institutions privées avec leurs maîtres agrégés à l'Université, leurs élèves revêtus de Tuniforme obligatoire, les séminaires obligés d'envoyer leurs étudiants au lycée, les prêtres même tenus dans leurs pensionnats de campagne d'accepter la j uridiction universitaire, ne furent plus que des auxiliaires d'un corps tout-puissant, l'Université 1 Elle leur prescrivait les règles de leur enseignement, prélevait sur eux des taxes: taxe de diplôme pour l'ouverture de l'école, taxe annuelle égale au quart de ce premier impôt, vingtième du montant de toutes les rétributions scolaires. Nul, enfin, dans l'Emr

1 . Voir dans le môme recueil de Beauchamp les Décrets du 15 nov. 18H, et Amb. Rendu, Sssai sur VInstr, puàL, 1, p. 221.

pire, ne fut dispensé de Tobligation d'un certificat d'études pour se présenter aux examens qui ouvraient l'accès des fonctions publiques : t L'Université, avait écrit l'Empereur à Fontanes, doit tendre à ce quM y ait le moins d'entreprises particulières possible ^ »

Ce qu'il y eut de grave fut que, pour cimenter cette union morale de l'Empire, la France ellemême dut être traitée en pays vaincu, paya -à l'Université les taxes de la conquête, et fut soumise à l'Évangile du catéchisme impérial. Les conseillers, jusque-là les plus fidèles à Tœuvre de restauration commencée par Napoléon, protestèrent : Fourcroy fut disgracié; Portails invoqua le droit des pères de famille ; Ghampagny, le danger de livrer à une corporation l'opinion et l'éducation. C'était bien la preuve que l'organisation consulaire n'avait encore établi ni le monopole, ni le privilège tant de fois critiqués plus tard, et, dès cette époque, par les auteurs mêmes du régime de 1803. Le rapport destiné à faire accepter aux Français la loi nouvelle renferme les arguments essentiels employés alors par le maître pour la justifier, ou plutôt, l'argu-

1 . Note de PErapereur à Fontanes, 24 mars 1808, citée pa Rendu, I, p. 221.

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ment unique, le devoir sacré du Gouvernement d'assurer l'unité morale de V Empire en même temps que de bonnes études, et le droit d'y pourvoir en se servant de Téducalion de la jeunesse *. . Au début de la Révolution, la Constituante^ la nationelle môme, en 1789, avaient été profondément sensibles à ces motifs^ jusqu'au jour où Condorcet en avait montré les inconvénients et les effets ruineux pour la pensée humaine et pour la liberté. On conçoit combien il fut facile à TËoipereur de les remettre en honneur et de les exploiter. Et pourtant, y eut-il jamais meilleure justification des alarmes de Condorcet que cet article du décret de 1808 prescrivant « la fidélité de l'Université et de ses élèves à la dynastie impériale conservatrice de l'unité de la France et de toutes les idées proclamées par la Constitution ®? »

Le régime du Consulat avait donné à la nation une instruction publique. La constitution de l'Université lui imposa un culte, le culte politique qui devait, au prix de sa propre liberté, assurer la fidélité de l'Europe aux lois françaises, et la sienne à l'Empereur ^.

\. Arch. Parlent,, !!• série, t. IX, p. 401.

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