Guizot, Mémoires, t. III, p. 466 — p
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La loi qui, pour la première fois au xix* siècle, proclama de nouveau la liberté d'enseignement inaugurait dans notre histoire un régime qu'il importe de définir, parce qu'il ne ressenable ni aux régimes ni aux systèmes établis ou proposés au temps de la Révolution française, et qu'il a duré en se développant, pendant trente années, avec la liberté pour enseigne.
Lorsqu'il déposa le 2 janvier 1832 son projet de loi, Guizot déclarait lui-même que c ce n'était pas une œuvre de principes, qu'elle avait été empruntée un peu à tous les systèmes, mais qu'elle avait surtout été constituée par les faits* ». Ce n'était point en vérité le système de la liberté industrielle, de la libre concurrence formulé par Mirabeau où chacun eût été libre d'enseigner sa science et même son ignorance. Tout maître privé et public devait fournir un brevet de capacité. Ce n'éfait point le système de la liberté individuelle, du droit naturel recommandé par Gondorcet, puisque la morale et la religion étaient prescrites à chaque instituteur comme matières obligatoires, les principales de toutes. Pas davantage un enseignement national, considéré comme
1. JSxposé des motifs. (Arch. Parlem.,\\* série, t. LXXVIIL p. 631.)
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on service public et une dette de TÉtat, encore moins une industrie que l'intérêt seul soutient, et que l'intérêt peut interrompre et abandonner. € Nous avons employé tous les principes », disait llauteur de la loi.
Ce qu'il ne disait point, c'est que, pour y parvenir, il avait, du système des Constituants, négligé la partie essentielle, l'enseignement des devoirs sociaux et politiques proposé par M. de Salverte, repoussé par la Chambre*, et sacrifié des théories de Condorcet, l'obligation pour l'État de créer à côté des initiatives individuelles un grand service d'instruction nationale. Suppri-* mant ce qu'il y avait dians les deux régimes de la Révolution de contradictoire, mais d'essentiel, de conforme au double vœu de la nation, l'éducation civique et l'école nationale, il avait pu les concilier.
Mais ce n'était plus une création, c'était une restauration : fondations, donations, efforts des communes et des particuliers^ liberté du commerce scolaire, tout cela l'ancien régime l'avait connu et pratiqué, jusqu'à cette ordonnance de Louis XIV de 1698, voulant « qu'il soit établi des
1 . Séances du 30 avril et du 3 mai. {Arch, Parlent. !!• série, t. LXXXllI, p. 255-324.)
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maîtres et maîtresses d'école dans toutes les paroisses pour instruire les enfants de Tun et l'autre sexe des mystères de la religion^ les conduire à la messe les dimanches et fêtes, comme aussi pour apprendre à lire et à écrire, etc.* ». Doctrinaire, conservateur, homme du juste milieu, Guizot, de l'instruction populaire qu'il se vantait d'avoir restaurée se faisait une tout autre idée que les promoteurs de ce grand mouvement. Il la tenait pour un moyen d'assurer le I bonheur du peuple, mais en un sens qui l'eût étonné. « Le plus grand mal auquel le peuple fût exposé étant sa soif de mouvement, de bien-ôtre naturel, dangereux pour lui, et pour la société », l'école devait être une maison de santé, utile à le guérir de cette misère, « pour le calmer, l'apaiser et faire rentrer dans les âmes cette paix intérieure et morale sans laquelle on ne rétablirait jamais la paix intérieure et sociale* ». Singulière conception, il faut l'avouer, à la base d'une loi qui proclamait les droits de l'intelligenceindividuelle et lui promettait des aliments : concep-