Bersot, Quisùions d'Enseignement, Paris, 1880, p
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Être le divin maître, un maître pour ses élèves, ou maître de son auditoire, implique des genres et des ressources d'enseignement fort distincts.
Il est certain qu'en matière de foi, la leçon est une forme de la propagande, la propagande même. En dehors de l'enseignement, il n'y a guère d'autre moyen de répandre une religion que la force, ou la coutume. Ne parlons pas de la contrainte qui recule chaque jour devant le progrès des mœurs, devant la force de la justice et de là raison, avec des retours offensifs parfois. Quant à la coutume, c'est un procédé assez familier aux religions depuis longtemps établies, parce qu'il dispense de l'effort et du sacrifice, si défectueux d'ailleurs que la décadence d'une croyance se mesure à l'abus des pratiques traditionnelles. La foi qui agit, agit surtout par la parole et le livre.
Livres sacrés ou commentaires de ces livres suffisent à l'Islam, depuis que les guerres saintes ont cessé, pour le recrutement de ses fidèles. La religion de Confucius opère surtout aussi par le livre, par les King, les compilations attribuées au fondateur. Pour juger de l'importance qu'une doctrine peut attacher à la propagande par le livre, il faut rappeler l'effort prodigieux accompli au xix° siècle par la Société biblique pour traduire
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la Bible en deux cent trente dialectes, dont quelques-ans n'avaient jamais été écrits, et la répandre chaque année par millions d'exemplaires. L'Église catholique rend hommage à la puissance du livre, surtout quand elle le poursuit, et dit dans l'Encyclique Mirari : t Que ce qui a été inventé pour l'accroissement de la foi ne doit pas être dirigé dans un but contraire. >
Entre toutes, d'ailleurs^ TÉglise catholique agit de préférence parla parole, plus propre à inspirer l'amour et la crainte, à convaincre, à émouvoir. Quand elle rappelle le mot de saint Paul : c La foi a lieu par renseignement », c'est pour proposer à ses âdèles le programme de prédication où les apôtres ont excellé.
Pour tout homme attaché au principe de la liberté de conscience, l'apostolat qui prêche une croyance esf^aussi sacré que la croyance ellemême. C'est une manifestation de la foi, et la vraie, la seule indépendance des sentiments ne commence qu'au moment où il leur est permis de se manifester. La puissance publique n'accorde rien au droit de l'individu, elle le sacrifie lorsqu'elle oblige le citoyen à se renfermer dans le sanctuaire de la conscience, impénétrable à ses décrets, c Vous n'allez pas, s'écriait Mirabeau
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en 1789, ne laisser à vos frères que ce que les tyrans n'ont jamais pu ôter à leurs ennemis. » Sans la liberté des cultes, la liberté religieuse n'est qu'un leurre. Or, de toutes les manifestations pieuses^ la plus haute, parce qu'elle prouve à la fois le désintéressement et l'ardeur des convictions, c'est la prédication et Tapostolat. « C'est le comble de la grandeur humaine, a dit un philosophe, que de s'identifier à une cause, de vivre et d'être prêta mourir pour elle*. »
Qu'importe que l'Eglise ait condamné jusqu'en ce siècle le droit qui lui avait permis de conquérir les âmes, sous prétexte qu'il pourrait les perdre? Si un évêque, Mgr Parisis^ a pu maudire la Hberté des cultes, le jour où il réclamait la liberté des écoles ^, il vaut mieux rappeler aux catholiques cette pensée de Pascal : « Le silence est la plus grande persécution : jamais les saints ne se sont tus^. » Parler, enseigner sur la borne, s'il le faut, dans le temple, dans sa maison, à la foule, à ses amis, à sa famille, accourir à la doctrine que l'on a confessée, c'est pour le croyant le devoir et le