‹ La liberté d'enseignement: histoire et doctrineChapitre 74 sur 103 · Pensées, éd, Havet, p · texte numérisé non relu

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droit. Écrire, s'il n'avait que la ressource du livre.

Car, entre la liberté de la parole et celle du livre, ici, il n'y a que différences de mode, de circonstance ou de choix. Le fondement de l'action légitime est le même. Chacun est aussi libre de se faire bénédictin ou capucin, de prouver sa foi par l'érudition ou l'éloquence que de croire et de prier. La propagande choisit les voies qui lui conviennent. Et comme la propagande est un droit naturel, la croyance Tétant, toutes les voies doivent lui demeurer largement ouvertes, dans le pays où la seule limite au droit naturel de l'individu est la sauvegarde nécessaire des autres individus.

L'État souvent, en matière d'enseignement, a voulu prescrire d'autres limites : la nécessité et son droit de défendre Tunité morale de la cité, de la nation. Les ressources matérielles dont il dispose par la volonté des citoyens ne sauraient suffire au maintien, au progrès d'un peuple que ne soutiendraient point aussi le souvenir de son passé, l'amour de son sol, et la confiance dans ses destinées. C'est un triste spectacle que celui de croyances divisant les hommes jusqu'à l'oubli de leurs devoirs envers la patrie. Des chefs pré-

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voyants peuvent se jager autorisés à conjurer un pareil danger : le mal est si grave quMls cherchent des remèdes préventifs. Gouverner, c'est prévoir, prévenir*.

Mais qui dira si à ces prévisions d'ordre public ne se mêle pas un calcul personnel, Torgueil d'être obéi quand il s'agit d'un roi, la défense des droits d'une aristocratie menacée par une foi nouvelle, dans une démocratie enfin le souci pour un parti de conserver le pouvoir? Et, dans ce cas, les discordes entre citoyens s'aggravent de leur résistance, fondée sur le droit de leur conscience, à l'État, à la tyrannie d'un parti ou d'un homme. Elles font des martyrs ou des proscrits, et la patrie se trouve avoir plus perdu à une révocation de l'édit de Nantes qu'elle n'eut gagné à ramener les citoyens à l'unité de foi.

Deux grandes révolutions se sont accomplies dans le monde, Tune par laquelle le christianisme a ruiné les bases de l'État antique, l'autre où la philosophie a fini de détruire ce que les Sociétés chrétiennes en avaient conservé ou

1. Voir tous les discours des ministres de rinstnicUon publique, Cousin, Viilemain, de Salvandy, de 1840 à 1847, appuyés tous sur la doctrine formulée par Guizot, Sssai sur rinstruction publique, 1816, p. 127-129. C'est encore la doctrine de Spuller en 1879. {Officiel, p. 4111 et 5006.}

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repris. A ces deux époques, selon Texpression deFustel de Coulanges^ l'effort a été analogue pour substituer ce qu'il appelle l'esprit de propagande à la loi d'exclusion ^ Toutes les fois que l'ensei* gnement d'une croyance se trouve entravé par les arrêts de la puissance publique^ c'est une tentative d'exclusion inconciliable avec le droit moderne^ un retour de la cité des consciences à la cité antique*

n n'y a donc qu'à conclure par cet article de Lamennais, toujours vrai : < Sans la liberté d'enseignement^ toute liberté religieuse est une dérision. Le prêtre est un homme qui enseigne, l'Église est un lieu où Ton enseigne, la foi est quelque chose qui s'enseigne, donc l'enseignement doit être libre, ou la liberté des cultes n'est qu'un vain mot. »

Faut-il cependant, sans un nouvel examen et par voie de conséquence, ajouter avec le rédacteur de VAtenir : « C'est une énorme contradiction dans les termes et dans les choses que d'appeler libre un pays où la tribune et la chaire sont ouvertes, mais où l'école est fermée*. »

Écoles évidemment que le séminaire, le cloître

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