‹ La liberté d'enseignement: histoire et doctrineChapitre 80 sur 103 · Discours à la jeunesse de Paris · texte numérisé non relu

Discours à la jeunesse de Paris

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universellement reçaes, contre lesquelles on ne supposerait pas qu'il pût s'élever de réclamations ne doivent souvent cet avantage qu'au hasard qui n^a point tourné vers elles les esprits du plus grand nombre. » De quel droit des opinions, toujours discutables/s'imposeraient-elles, par le bénéfice d'une propagande exclusive^ aux hommes qui trouveraient dans leur raison des motifs pour en adopter d'autres et de contraires? Ce serait une sorte de servitude que la France a connue au temps de Napoléon, peut-être la pire, puisqu'elle prive le citoyen de sa principale ressource contrôle despotisme, la constitution d'un parti. Mais on dit «parti», et l'on nedit point «école», parce qu'il y a des partisanspour une opinion, et des disciples pour la science. Toute opinion, politique ou autre, a le droit de rallier ses partisans. Les hypothèses scientifiques de Raspail recrutaient des adhérents comme ses doctrines politiques. Ils tenaient des réunions, publiaient des journaux. On conçoit, et Ton doit admettre que des Sociétés se constituent, que des cours puissent s'ouvrir où s'enseignent, avec les hypothèses et les opinions, des connaissances utiles à les éclairer, à les expliquer, à les justifier. Et quand il en est ainsi, on peut déc'arer, comme faisait Bersot dès 1879,

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que la parole est aussi émancipée que la plume. Elle dispose de la liberté d'enseigner que la Déclaration des Droits a prescrite.

Tout cela ne fait pas Técole, ce groupe humain d'un genre spécial, formé d'abord autour d^une grande pensée qui s'est manifestée par l'effort patient d'une grande conscience au service du génie, constitué ensuite pour fournir à la nation tout entière des armes contre l'ignorance ou les préjugés, les éléments et la méthode nécessaires à comprendre et à suivre l'effort et le progrès de l'intelligence humaine.

On peut conclure, après cette analyse, que l'enseignement comporte autant de modes qu'il y a dans les esprits de convictions. Ces convictions, ces croyances, Kant les classait, il y à un siècle, en trois espèces : l'opinion, la foi, la science. Toutes trois ont un droit égal, qui est le droit naturel de l'homme, à se manifester, à se transmettre oralement ou par écrits. La liberté de la croyance n'existe que si elle peut s'exprimer, se communiquer. Il y a donc une liberté générale de l'enseignement, comme de la croyance : il faut

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qu'on puisse enseigner des opinions^ des vérités révélées, ou démontrées.

S'ensuit-il qu'on ait le droit de les enseigner toutes identiquement, sans tenir compte des règles qui dérivent de leur nature propre? Un professeur qui dans sa classe, et je ne parle pas d'un fonctionnaire public mais d'un maître d'école quelconque, substituerait à la leçon élémentaire, pour quoi la classe est faite, Texposé le meilleur, le plus solide de ses opinions politiques, aurait mauvaise grâce à invoquer le droit de sa pensée et de sa parole. Le citoyen qui, dans une réunion ouverte au public, prétendrait limiter la discussion et la contradiction des opinions, afin d'enseigner ses idées religieuses ou scientifiques, ne saurait appuyer sa prétention du droit naturel de sa foi ou de sa certitude. Une harangue n'est pas un sermon, ni une prédication une leçon d'école : tout Français, tout homme peut, à son choix, faire l'une ou l'autre, mais non pas toutes à la fois, ni sans tenir compte de « l'endroit* », sous le prétexte que sa parole est libre.

Lorsque Montalembert, à la Chambre des

i.Taine, Régime moderne, t. II, p. \M,

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