‹ La liberté d'enseignement: histoire et doctrineChapitre 87 sur 103 · Taine, Le Régime moderne : TEglise, t. II, p · texte numérisé non relu

Taine, Le Régime moderne : TEglise, t. II, p

2. Portalis, dansFenet, IX, 148, cité par Sagnac, la Législation civile de la Révolution française ^ Paris, 1898, p. 363.

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auquel la plupart des chefs de famille ont la modestie de ne point prétendre : mais on demeure surpris de la persistance de Tidée très ancienne à laquelle elle se rattache. Le catéchisme l'expliquerait peut-être.

L*enfance n'abolit pas le droit de l'homme, comme le faisait la religion antique en le confondant avec l'autorité sacerdotale des pères de famille. Son corps est protégea l'heure où il est impuissant contre les abus delà tutelle paternelle, et jusqu'à sa propriété dont le père devra compte à l'heure de la majorité. Cette tutelle même du corps et des biens est susceptible de déchéance. Si l'enfant a, devant la loi,'un droit à vivre et à posséder, c'est quMlestdès sa naissance < un individu social » : il a donc des droits de conscience distincts de ceux de son père. Lesquels ?

La Déclaration des Droits les a formulés : « Les hommes naissent et demeurent libres en droits. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. » Ils naissent et demeurent tels, c'est-à-dire qu'entre les hommes d'une même génération, entre les hommes des générations successives, l'obligation s'impose de ne point faire ce qui peut nuire à autrui. Le père sera tenu de respecter la propriété de son fils

comme celle de son contemporaiD : c'est la loi. Il sera tenu de ne pas le livrer à l'oppression, de ne pas le séquestrer : ce serait an crime.

Dans quelle mesure lai devra-t-il la liberté ? Question qui semble redoutable entre un père et un fils, et dont la solution est pourtant impliquée dans l'obligation essentielle de « ne point nuire ».

Ne point nuire à l'enfant, quand on y réfléchit, c'est un devoir beaucoup plus étendu que le respect de l'homme. Ne point nuire à l'individu constitue pour la société, les mots le disent assez, une sorte de devoir négatif. Quand il s'agit de l'enfant, non pourvu des moyens de vivre, de penser, de décider par lui-même, les deux négations deviennent une affirmation. S'il n'a pas à manger, il y a obligation de le nourrir ; s'il ne peut se défendre contre le froid, de le vêtir ; s'il ne sait le danger, la maladie et ses remèdes, de l'en préserver et de le soigner. Comme le corps, Tesprit a besoin d'aliment : les pensées, les lectures, les exemples sont à la conscience les aliments dont se forme et se nourrira, à défaut de la raison qui ne peut encore les procurer à l'enfance, la liberté. Il y a un rachitisme des consciences, par insuffisance ou par vice d'alimentation, toutes les fois qu'il n'y a pas éducation de la liberté. « Ce

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sont les institutenrs de la jeunesse, disait justement Mirabeau, qui font marcher les hommes à la liberté ou les précipitent dans l'esclavage ^ I »

Ainsi, le droit naturel de Thomme enfant, loin de s*effacer pour créer au père comme un droit supplémentaire, s'afflrme plus étendu et plus large que celui de l'adulte, imposant à la famille et à l'État qui s'arme de la loi contre elle au besoin ou la supplée, des droits équivalents.

Si Tenfant n'use point de la liberté pour se choisir un maître, comme l'homme et plus que l'homme, il a droit à des maîtres qui nourrissent sa conscience des éléments et dés leçons néces« saires à l'usage ultérieur de sa liberté. C*est violer ce droit que de lui fournir un enseignement analogue à celui que tout citoyen peut par la parole, par le livre ou la presse apporter à des adultes, parce qu'on peut ainsi atrophier ou déformer en lui la liberté.

Il reste pourtant une question à régler : qui lui donnera des maîtres ? Dans la société d'autrefois la religion, une religion unique, occupait toutes les consciences et les formait sur un idéal accepté de tous, particuliers et États. L'Église

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