L'ÉCOLE
qui a inscrit dans nos lois la liberté d'enseignement : « Les fortunes sont médiocres, les esprits très prudents et peu enclins à dépenser dans une vue haute et lointaine. L'instruction privée exploitera ce penchant des familles: le bas prix de l'éducation deviendra le principal moyen de succès; la spéculation et le fanatisme, l'industrie particulière et Tesprit de parti, religieux ou politique, annonceront fastueusement qu'ils donnent la science et la vertu à meilleur marché, et, malgré la sincérité de leur affection paternelle^ l'inexpérience et la crédulité des parents céderont à cette obsession continuelle^. >
Si l'acheteur était l'enfant, incapable encore de juger, il irait, et cela se voit dans les hautes études où il est plus libre, aux cours les moins longs, aux professeurs les plus indulgents. Quand la famille décide, d'autres éléments de choix interviennent, le prix, la mode, les influences de milieux, parfois même un calcul d'affaires où l'entrée de l'enfant dans telle ou telle école est un moyen d'attirer ou de satisfaire les clients du père, véritable marché dont une âme enfantine est le prix. C'est son affaire, sans doute, si
i. Exposé des motifs du projet sur l'enseignement secondaire. (Àrch. parlera., 2* série, t. C, p. 88).
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renseignement n*a que la valeur d'un trafic. Mais s'il est la pensée qui s'éveille, le devoir qui s'apprend auprès du maître pour la conduite de la vie et l'intelligence des choses, le négoce en devient faux, injuste, odieux même.
Et pourtant, au seul mot de monopole, le contraire de la concurrence, les libéraux s'alarment* Ce fut le cri de guerre contre l'Uni vôrsité impériale. Avec quelle impatience fut accueillie la fameuse théorie de Royer-Collard sur le monopole de l'instruclion comparé à celui, de la justice et de l'armée ! « Est-ce que vous vendez la justice? » s'écriait alors un catholique *.
lien est des écoles comme des Églises. > Lorsqu'on y vit de la propagande, pensée ou croyance, et surtout sous la direction d'une hiérarchie qui ordonne et protège à la fois, le sentiment de la responsabilité personnelle et de la mission s'efface aisément pour faire place à des calculs d'honoraires et de moindre effort. Contre cette tendance à la routine qui n'est en somme qu'un retour aux considérations d'ordre matériel, la concurrence paraît le remède salutaire qui garantit le progrès
1. Royer-Collard, Arch. parlem., 2^ série, t. XIX, p. 58, ei Fabpy, Mémoires pour servir à Phistoire de rinstruction pu - Clique, t. ni, p. 316.
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et détermine l'effort par là nécessité de moins songer à soi et davantage à la clientèle.
Je ne parle point de l'émulation, de la rivalité des talents et des doctrines qui sont dans tous les cas des conditions de progrès aussi et des garanties de lumière. « La préoccupation des choses de Tâme et de l'esprit ne va pas sans discussion. Elle amène le choc des idées, elle provoque des divisions. Elle ne se conçoit pas sans prosélytisme*. * Le prosélytisme, c'est la propagande même et l'enseignement. Mais, considérons les maisons d'instruction sous le point de vue que désignent ces mots de concurrence et de monopole, point de vue commercial, économique : il est vrai que le moyen de les avertir, quand elles s'abandonnent aux avantages d'une situation faite, est de leur susciter des rivales. La libre concurrence peut inviter aux examens de conscience, aux réformes nécessaires : n'est-ce pas ainsi qu'à la fin du xv!!!** siècle le travail libre a marqué le terme des abus de la corporation industrielle et de ses monopoles établis à l'origine contre la malfaçon, exploités ensuite par des intérêts particuliers?
1. De Pfcssensc, cilé par J. Simon, Liberté de conscience^ p. 345.
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Un exemple maintenant d*un genre tout opposé : dans les débats pour la liberté d'enseignement, ce qu'on réclame avec le plus d'ardeur, c'est l'indépendance de la pensée, le droit de la conscience au journal et à Técole. « Les connaissances appartiennent à tous, écrivait Lamennais S comme la lumière du soleil. Elles sont le domaine commun de la famille et des individus. Une immense liberté est indispensable pour que les vérités qui doivent sauver le monde, s'il doit être sauvé, se développent comme elles le doivent. » Voilà en eflfet l'objet le plus élevé de l'enseignement, la diffusion à travers la jeunesse et les peuples des vérités de tout ordre : c'est la parole de vie, le viatique de liberté offerts à l'humanité par ceux qui sedévouent à son bonheur et à ses progrès. Dévouements précieux, malgré leurs erreurs dont chacun est juge et que personne n'a le droit d'empêcher, libres donc.
Eh bien ! il y a pourtant un moyen de les empêcher, en proclamant leur liberté, et parfois sans le vouloir. J. Simon l'a démontré, sans réfutation possible en matière de cultes : « Si la