XI. Les droits des enfants ; la majorité légale
Xn. Dans quelles limites Tintervention de TÊtat dans la famille peut être
légitime.
XŒ. Le conseil de famille.
Nous n'avons pas l'intention de présenter une théorie complète^ de la famille, d'exposer en détail toutes les relations qui la constituent, tous les devoirs qu'elle embrasse, tous les sentiments dont elle est le centre : sujet inépuisable et charmant, auquel on ne peut toucher sans prêter à la métaphysique elle-même un caractère inusité de tendresse et de douceur. Notre tâche est plus simple et plus austère. Nous nous proposons de rechercher quels sont les droits essentiels qui dérivent des relations domestiques, et dans quelle mesure la puissance législative et l'action de l'Ëtat peuvent en régler Texercice sans faire violence à la liberté des &mes et aux devoirs que leur impose la loi suprême de la nature.
Chaque homme est jeté par sa naissance au sein d'une famille à qui il est confié. « C'est, au point de vue pratique, dit Kant, une idée tout à fait juste, que de considérer la procréation comme un acte par lequel nous avons mis au monde une personne, sans son consentement et d'une façon tout arbitraire, et qui nous impose l'obligation de lui rendre aussi agréable que nous le pouvons faire cette existence que nous lui avons donnée... Ce n'est pas seulement une chose, mais un citoyen du monde que les parents ont produit, et l'existence qu'ils lui ont donnée ne peut, suivant les idées du droit, leur être indifférente *.p
Kant ne dit pas assez. Ce citoyen du monde^ produit par un acte arbitraire, et souvent en dehors de toute idée de devoir, crée, dès sa naissance et avant môme qu'il ait vu le jour, la plus lourde responsabilité pour ceux dont il est l'œuvre commune. Dans ce corps frêle et nu, qui réclame tant de soins, de précautions et d'amour, gît une âme immortelle, appelée à remplir des devoirs, à exercer des droits, à poursuivre une destinée infinie. L'enfant a droit au resi)ect, car c'est déjà une personne; il a droit à plus encore. Si le droit à l'assistance a pu ôtre mis en question quand il s'agit de l'homme fait, qui pourrait le contester pour l'enfant, au sein de la famille où le sort l'a fait naître? Pendant bien des années, ni son esprit ni son corps ne se suffiront à eux-mêmes. Comment pourra-t-il, plus tard, obéir à cette loi morale qui règne sur lui comme sur tous les hommes, quand il ne peut rien par lui-même, non-seulement pour développer son intelligence et pour armer sa volonté contre les entraînements des passions, mais pour conserver à son corps un seul jour de vie? Il faut Taider, la nourrir, l'environner de tendres soins, cette faible et noble créature. Si on ne^doit rien à, ce corps à peine formé, à peine capable d'exercer les fonctions animales ; si on ne doit rien, proprement, à cette âme encore engourdie, et qui n'agit que par instinct, comme celle des plus humbles animaux, on doit tout à la loi
' Éléments métaphysiques de la doclrine du droit , traduction de M. Barni, p. 118.