‹ La liberté dans l'ordre intellectual et moralChapitre 15 sur 74 · LE DIVORCE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE

même poar le prêtre, qui l'embrasse par Tocation et qui compte sur l'efBcacité de la grâce pour vaincre la résistance de la nature. Tout, dans la nature humaine, se soulève, en effet, contre une loi incompatible avec sa faiblesse : non-seulement ces appétits des sens, auxquels on ne peut refuser satisfaction sans jeter le trouble dans l'esprit lui-même , mais ces sentiments plus élevés qui attirent un sexe vers l'autre par l'espoir des jouissances morales d'un amour partagé, et ce besoin si impérieux et si légitime de la vie domestique et des consolations de la famille qui se fait sentir à tous les &ges , après que les sens se sont amortis et que la passion a perdu son prestige. Le célibat re- Ugieux échange du moins ces satisfactions de l'&me et des sens contre d'autres devoirs et d'autres chances de bonheur, contre une sorte de mariage mystique, où le cœur espère trouver l'aliment dont il a besoin. Il n'est, d'ailleurs , imposé à personne, et les religions qui l'encouragent veulent qu'il soit l'objet d'un vœu parfaitement libre. Le célibat de la séparation est sans dédommagement ; il arrache l'homme aux devoirs de son choix ; ceux qu'il laisse sans famille ou avec une ombre de fomiUe sont contraints d'embrasser, contre le gré de la nature, contre le gré de leur cœur, un état que les vœux les plus libres, soutenus par la foi la plus vive et par les plus fortes diversions, sont souvent impuissants à maintenir.

n n'y a pas contrainte, dira-t-on, ou du moins elle est méritée ; car ou bien on a demandé la séparation, et on en a librement accepté toutes les conséquences, ou bien on a été condamné à la subir, comme le châtiment des plus graves offenses. Qu'est-ce k dire? On pourrait voir la libre acceptation d'un veuvage éternel dans une demande qu'un époux outragé a été forcé de faire pour sauTer son honneur, ses droits, ses devoirs eux-mêmes! Parce qu'il a été indignement trompé, parce qu'il a été d'autant plus sensible aux injures qu'il a reçues, qu'il portait plus haut le sentiment de la dignité du mariage, il ne pourra rejeter un fardeau impossible à soutenir, sans se déclarer déchu de toute prétention au bonheur conjugal ! Et pour celui-là même dont les torts ont nécessité la séparation, le châtiment sera-t-il toujours en proportion avec la faute ? La faute est souvent réciproque, quand les torts matériels ne le sont pas. J'ai manqué à des devoirs que l'on

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n'avait pas su me faire aimer ; j'ai cédé à des tentations auxquelles on avait, en quelque sorte, fourni des armes; je me suis livré à des emportements, qui n'ont peut-être pas été sans provocation : quelle que soit mon excuse, j'ai assurément perdu le droit de retenir par force près de moi celle dont je me suis aliéné le cœur par mon infidélité ou par ma violence ; mais est-il sûr que mon cœur soit tellement souillé, que mon caractère soit tellement insupportable qu'il faille me déclarer à jamais indigne de remplir les devoirs d'époux et de père? Admettons, enfin, que je sois sans excuse : cette interdiction d'un nouveau mariage estelle bien le cbâtiment qu'il convient de m'infliger, le remède que réclament les vices de ma nature ? Contre qui est prononcée le plus souvent cette condamnation ? Contre ceux qui, par le caractère de leurs oflenses, semblent attester leur impuissance à supporter les rigueurs du célibat et à échapper à ses périls.

Le plus grand péril de cette loi du célibat, c'est son inefficacité. Elle ne repousse le divorce qu'au profit de l'adultère. Après une séparation, soit volontaire, soit juridique, je doute qu'il y ait un seul homme et je ne sais s'il y a la moitié des femmes qui aient la force de garder la fidélité conjugale. Les uns se livrent à un libertinage plus ou moins éhonté ; les autres, et ce sont les meilleurs, les plus dignes d'excuse, cherchent à reporter sur une union illégitime les sentiments et les devoirs qu'on leur refuse le droit de mettre en pratique, mais auxquels leur cœur ne peut se soustraire. Qui n'a connu^ à tous les étages de la société, quelqu'un de ces ménages légalement adultères, à qui il ne manque que la consécration civile et religieuse pour offrir tous les caractères moraux de la famille? La famille légitime n'a eu qu'une durée éphémère, pendant laquelle elle a été le théâtre des plus déplorables dissensions. Une nouvelle famille lui succède où règne une union intime et constante, où tous les devoirs sont fidèlement remplis, où le cœur brisé par d'amères déceptions se retrempe dans l'échange des afiections les plus douces et les plus nécessaires. Triste consolation toutefois, car il faut cacher son bonheur comme une honte ; il faut se résigner à la déconsidération publique, ou, si l'on réussit quelquefois à lui donner le change, il faut subir le poids d'une situation équivoque et le remords d'une tromperie que rien ne saurait justifier. 11 faut enfin, dans

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