LA LIBEBTÉ D^ENSEr6NEM£lfT
nombre supérieur de membres amovibles, et en reprenant entre ses mains le droit de nomination, accomplit un véritable coup d'état universitaire^ qui fut le prélude de toutes les atteintes que devait recevoir, quelques années plus tard, l'indépendance du corps enseignant. Ce coup d'état, il faut bien le dire, rencontra presque de la faveur dans le corps à qui il enlevait une de ses principales garanties. Le conseil royal, par le petit nombre de ses membres, constituait une sorte d'oligarchie, qui, en se partageant toutes les branches de l'enseignement, remettait proprement chacune d'elles à la discrétion d'un seul homme. C*était, sans contredit, par la compétence et l'autorité spéciale de ceux qui Texerçaîent, un arbitraire plus intelligent que celui d'un ministre politique ou d'un chef de division ; mais c'était toujours de l'arbitraire, et il pesait d'autant plus sur ceux qui s'en croyaient les victimes, que l'inamovibilité môme des membres du conseil ajournait indéfiniment tout espoir de réparation.
Enfin , le régime libéral dont jouissait l'Université avait l'inconvénient de ne reposer que sur des usages, qui avaient pris peu à peu force de loi. Il suffisait, comme on Ta vu, de la volonté d'un ministre, pour revenir à l'esprit et à la lettre des premiers règlements, qui étaient loin d'avoir en vue les libertés universitaires.
C'était donc un régime imparfait et précaire ; et pourtant, tel qu'il était, il s'en fallait de bien peu qu'il n'eût réalisé le problème de la liberté d'enseignement au sein de l'État. Les conditions préalables imposées aux professeurs assuraient à l'État leur capacité ; les garanties dont ils jouissaient, soit pour leur nomination, soit dans l'exercice de leurs fonctions, assuraient leur liberté contre les empiétements de l'État. D'un autre côté, les divers degrés de juridiction qui leur étaient ouverts , permettaient de punir leurs écarts, sans les mettre à la merci d'une autorité arbitraire. Il s'était ainsi formé , grâce à cet ensemble de garanties, un corps éminerfx en science, d'une moralité incontestée, sans rien d'exclusif dans ses doctrines. L*Université appelait la confiance des familles par l'excellence de son enseignement ; elle se prêtait à la diversité de leurs tendances, en leur offrant, dans son sein, des représentants de toutes les opinions. Même l'opposition la plus avancée en politique n'était pas exclue de
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renseignement public. Le salaire que recevaient les professeurs n'était pas considéré comme un engagement de s'associer, au moins parle silence, à la politique du gouvernement, et ils pouvaient, sinon l'attaquer avec violence, du moins la blâmer impunément, soit dans leurs cours, soit dans leurs livres, soit dans les journaux, auxquels ils prêtaient librement leur collaboration. En ce qui concerne la religion, FUniversité, malgré son caractère laïque, ouvrait ses portes au clergé, et confiait même à des prêtres la direction de quelques-uns de ses établissements; d'un autre côté, parmi les laïques, elle admettait non-seulement des catholiques, des protestants et des juifs, mais des philosophes, qui ne craignaient pas de placer la raison au-dessus de la foi. Est-il besoin d'ajouter qu'elle ne se montrait pas plus exclusive en philosophie, bien qu'elle tendit à y faire prédominer le spiritualisme cartésien, ni en littérature, bien que la majorité de ses membres restât fidèle aux traditions classiques t
C'était, dira-t-on, la tour de Babel. Non, c'était la liberté; c'était le seul régime qui puisse convenir à l'enseignement de rËtat, quand TÉtat, se renfermant dans son rôle de puissance temporelle, abdique toute prétention à rinfaîUibilité doctrinale ; et ce régime, où Ton ne voit que confusion, et où nous voyons, dans la diversité même de ses éléments, une véritable harmonie, s'impose tellement à un État tant soit peu libéral, qu'il s'est maintenu en fait presque entièrement, quoiqu'il ait perdu la plupart des garanties qui le consacraient en principe. Il faut en faire honneur et à la sagesse des ministres à qui a été confié successivement le gouvernement de l'Université, et à cet esprit de liberté que rien n'a pu affaiblir au sein de l'Université elle-même.
C'était la liberté pour l'Université ; mais, en dehors, c'était le monopole : le monopole le plus libéral assurément, et l'on comprend les sympathies qu'il s'était acquises et qu'il a conservées parmi tant d'esprits sincèrement libéraux, mais odieux, à ce titre seul de monopole: et doublement inconséquent par la double face avec laquelle il se présentait aux particuliers et à l'Etat. « Si vous êtes la liberté , pouvaient dire les particuliers, pourquoi employez-vous la contrainte? Si vous ne vous croyez pas le droit d'imposer à vos professeurs des doctrines exclusives, de quel droit nous imposez-vous vos professeurs? v < Si vous êtes le mono*
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pôle, disait FÉtat de son côté, il importe à ma FeflponBtbiltté de Tons replacer dans les conditions da monopole. C'eaien mon nom que vous tous imposez aux familles ; c'est h mcn qa'elies s*en prennent si leurs opinions sont blessées par tos doctrines. Je pourrais, par respect pour la liberté ^ tolérer un enseignement que je désapprouve : vous ne pouvez exiger que je force ceux qui le désapprouvent comme moi, non-^eulenkent & le tolérer, mais à le subir. > fin présence de ces deux courants de plaintes également logiques, l'Université a eu le tort de s'attacher, autant qu'elle a pu, à son monopole, et de défendre faiblement sa liberté. Elle a pu ainsi conserver une partie de l'un , mais elle s'est laissé enlever presque toutes les institutiens qui protégeaient l'autre.
La première condition, pour que l'enseigneaienÉ reprenne l'indépendance dont il a besoin, c'est donc qu'il renonce à tont vestige de monopole. Plus d'enseignement obligatoire, ni pour les facultés où il s'est maintenu, ni poor les collèges où le regrettent encore d'imprudents amis de rUniversitéy ni pour les écoles primaires où Ton songe à l'introduire. Vins de grades exigés pour l'enseignement libre : si l'État croit utile de mettre des conditionsà l'ouverture d'une maison d'éducation oud'eiercer sur elle un droit de surveillance, ni ces conditions ni cette swveiUance ne doivent porter sur les doctrines professées. Enfin, ce n'est pas assez de l'enseignement individuel, donné par un professeur isolé, soit au sein de la famille, soit dans un cours public ; ce n'est pas même assez que des professeurs puissent s'assoeîer pour diriger en commun des écoles libres, des collèges libres, ou, ce qui nous manque, des facultés libres : il faut que des universités libres puissent se fonder, groupant dans une direction commune un certain nombre d'établissements d'instruction répandus sur toute la surface de l'Empire. Lorsque k liberté aura reçu ces garanties en dehors de l'enseignement de l'Ëtat, toute objection aura disparu pour que l'enseignement de r£(at soit replacé hii-mème sous un régime de liberté.
Non pas qu'il faille rétabUr dans toutes ses. parties le régime qui asubsisté de 1 828 à 184&> mais seulement tout ce qu'il avait delibéraL Au lieu d'une Université unique, des universités provindales, reliées, pour sauvegarder l'unité nationale, par des institutions