‹ La liberté dans l'ordre intellectual et moralChapitre 43 sur 74 · DAR6EE DIS LOIS SUR LA PRESSE · texte numérisé non relu

DAR6EE DIS LOIS SUR LA PRESSE

répandent que sous les auspices de la plus large liberté. Jamais, dans aucun pays et à aucune époque, des idées plus saines et plus fécondes dans Tordre scientifique , dans l'ordre économique, dans Tordre politique, et je ne crains pas d'ajouter dans Tordre moral et religieux, n'ont pénétré dans les masses, par la voie de la presse, qu'en Angleterre depuis un siècle, et en France depuis cinquante ans i.

Il faut craindre, enfin, de nuire à ceux mêmes dont on prend en maio les intérêts, en leur Atant le bénéfice d'une protection plus efficace. On suppose, en effet, que Thonnêteté et la vérité sont tellement menacées par les excès de la presse, que TÉtat seul peut les sauver. Mais, contre Terreur, il y a la réfutation ; contre la provocation au mal, il y a Texhortation du bien ; contre toutes les influences plus ou moins funestes qui tendent à corrompre Tordre social, il y a d'autres influences, qui, avec la force seule de la persuasion, peuvent y ramener la santé et la vie. La presse est douée d'une puissance énorme ; mais n'est-ce pas aussi une puissance énorme que la coalition de tous les gens de bien pour propager les saines doctrines et pour les opposer à la contagion des enseignements pervers? Il y a là une mission que toute personne éclairée et bien intentionnée peut remplir efficacement auprès de ses proches , de ses amis, de ses voisins, signalant avec fermeté , suivant le caractère de chacun , les lectures qui peuvent devenir dangereuses, et, pour en détourner plus sûrement une curiosité imprudente , se livrant à une propagande active en faveur des bons ouvrages.

C'est surtout la mission de tous les hommes dont l'influence

' Voir y pour TAngleterre, le troisième volume de V Histoire de la littérature anglaise, de M. laine. Je ne connais pas de meilleure démonstration de l'influence d'une législation libérale sur les mœurs. Une étude aussi vivante sur la littérature française conduirait aux mêmes conclusions. Si le progrès y paraissait moins sensible, c'est que, chez nous, les mœurs, moins violentes et plus sociables, n'appelaient pas une transformation aussi radicale, tandis que les institutions avaient à subir, en revanchei une transformation complète , qui n'est pas encore à son terme. Il n'en faut pas moins reconnaître que notre littérature contemporaine, à la prendre dans son ensemble, est incomparablement plus morale que celle des trois siècles précédents, sans excepter le dix-septième. Nous sommes trop accoutumés à juger le siècle de Louis XIV par ses chefs-d'œuvre, en quelque sorte, officiels : c'est comme Bi l'on jugeait Tœuvre de Voltaire par ses tragédies.

peut s*étendre sur la société entière, et d'abord de ceux qui tiennent une plume, des auteurs eux-mêmes. S'il est des écrivains qui abusent de la presse pour troubler et pour corrompre la société, la presse ne se refuse pas à ceux qui , suivant le précepte de Fénelon, ne veulent se servir de la parole que pour la pensée, et de la pensée que pour la vérité et la vertu, et , dans son impartialité aveugle , elle offre au bien les mêmes ressources , la même puissance infinie dont le mal s'est emparé.

S*il faut une autorité positive pour décider de la victoire , une telle autorité ne manque pas à la bonne cause , en dehors de la puissance des lois et des moyens de contrainte dont elles sont armées. Elle est aux mains de tous ceux qui tiennent le gouvernement des âmes , comme le professeur et le prêtre : le premier, appelé à les façonner dans l'âge où , comme une cire molle, elles reçoivent toutes les impressions ; le second, investi du droit d'éclairer leurs croyances et de contrôler leurs actions , à tous les âges de la vie , avec la double influence des promesses et des menaces de la vie future.Pourlutter contre les mauvais livres. Fan et Tautre ne se contentent pas de la puissance persuasive de la parole ; ils y joignent souvent eux-mêmes la force indéfiniment expanslve de la presse. Les ministres du culte font plus encore : ils ne se bornent pas aux exhortations et aux conseils, ils commandent et ils interdisent ; après avoir signalé un ouvrage comme dangereux, ils en défendent la lecture, sous toutes les peines spirituelles dont ils disposent, et ils frappent des mêmes peines tous ceax qui contribuent à le répandre.

C'est un droit redoutable assurément, et on conçoit qu'il effraye tous ceux qui sont jaloux de Tindépendancede la pensée. Ce n'en est pas moins, pourvu qu'il ne s'y mêle aucune contrainte et que les peines spirituelles n'appellent pas les peines temporelles , le droit strict et incontestable de l'autorité religieuse. L'odieux qui s'y attache encore vient de la confusion qui a si longtemps subsisté et qui n'a pas encore disparu, entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel , entre la censure de l'Église et celle de l'État. Quand il ne s'appuie que sur lui-même , quand il ne s'impose qu'à ceux dont la foi s'incline devant lui , le droit de censure, entre les mains des diverses Églises, est sans doute une barrière redoutable contre les excès de la presse ; mais c'est une barrière

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