VIII. Le droit de réunion
Nous n'avons pu faire un pas dans le domaine des libertés morales sans rencontrer les droits de réunion et d'association. Des écoles, des collèges, des facultés, des universités, toutes les institutions, en un mot, qu'implique la liberté d'enseignement, sont des réunions d'élèves ; ce sont aussi, sauf les plus petites écoles, des associations de professeurs, et, dans la plupart des cas, des associations de capitaux, et, par conséquent, de fondateurs et d'intéressés. La prière en commun est le droit le plus essentiel de la liberté religieuse, et le lien des mêmes croyances demande autre chose que des réunions particulières et accidentelles. Il faut une Église, soumise à des lois communes, sous le gouvernement d'un corps de prêtres, et, au sein de chaque Église, des sociétés, plus restreintes et plus étroitement upies, ont encore une place légitime. Nous avons vu quelle association d'efforts, de pensées, de capitaux suppose, sous toutes ses formes et pour tous ses organes, la Uberté de la presse. En dehors de ces libertés spéciales, qui ont
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fait le sujet des précédentes études, tous les intérêts moraux, comme tous les intérêts matériels des hommes, les invitent à se réunir et à s'associer librement. Isolé, l'homme ne peut rien pour le développement de son âme, rien pour Taccomplissementdeses devoirs positifs envers ses semblables. Il est comme enchaîné, suivant la forte image que nous avons empruntée à Guillaume de Humboldt. Or, il garderait encore ses chaînes, s'il remettait à une seule société, à l'Église ou à l'État, le soin de tous ses intérêts. Les besoins les plus précieux des âmes réclament Tindépendancc réciproque de ces deux sociétés, et, à côté d'elles, quoique sans préjudice de leur autorité légitime, une foule d'autres associations, les unes industrielles et commerciales, qui ne rentrent pas dans notre cadre, les autres scientifiques, littéraires, charitables ou même politiques, se produisant au nom des droits mêmes de l'âme et dans l'intérêt de ses devoirs, peuvent également revendiquer une existence distincte et indépendante.
La liberté de réunion n'a jamais été comprimée que dans un intérêt de police, au nom de l'ordre public. La liberté d'association a souvent été contestée au nom de la liberté même. Loin de faire des conquêtes, elle a vu se resserrer son domaine, à mesure que les i^ées de liberté se faisaient une place plus grande dans les esprits et dans les institutions. Les corporations industrielles avaient été frappées de mort avant la révolution de 1789, et il n'en reste plus que quelques vestiges, que l'on conserve, en quelque sorte, dans un intérêt archéologique, comme on respecte les monuments encore subsistants de l'âge féodal. La Révolution a emporté les univei'sités, les congrégations, les Églises elles-mêmes, toutes les associations plus ou moins libres qui prétendaient donner satisfaction aux besoins de l'intelligence et de la foi. Les Églises ne se sont relevées après la tempête qu'en vertu d'un acte de la puissance politique, et en subissant la nécessité d'une reconnaissance légale et d'une autorisation préalable. Quelquesunes des anciennes congrégations se sont reconstituées, de nouvelles même ont été fondées ; mais la plupart ne subsistent que