‹ La liberté dans l'ordre intellectual et moralChapitre 61 sur 74 · livre pas à la merci des po // * :} "^ ^o, mais sans qu'il · texte numérisé non relu

livre pas à la merci des po // * :} "^ ^o, mais sans qu'il

Toutefois cesappréher f j > ^ardent, au delà de la

loin d'avoir dissipées, , *' > .orsque la même responsa-

traire, de nouveaux / / ,i la loi fait sagement, quand elle

qu'il 8*agit d'un gf ' dux dispositions testamentaires qui,

s'appliquer enli^' ^.lopriété , prétendent en restreindre la individuelle. V .t d'une volonté désormais sans action. Le rences profo jstribuer comme il l'entend les choses qtf il a le quant à le ./er;il peut môme faire passer en des. mains difféconfèrer ^ pue propriété et l'usufruit ; mais il faut toujours qu'il

La r >//ie àe tous ses droits et qu'il constitue à sa place de corp .<^jes propriétaires. Toute tentative pour éluder la loi semit lib "/^/s immorale et impuissante, f ^^5 dons ou legs faits à des corporations échappent seuls à

^le règle salutaire. Ici, les intentions du donateur font loi après

^ fliort, non-seulement dans le choix de son héritier, mais dans /'usage des biens qu'il lui laisse. Il reste maître de la chose dont // s'est dépouillé et dont il a été dépouillé par la loi de la nature eU tandis que les générations se succèdent, tandis que les idées marchent et que les croyances se renouvellent, il retire du mouvement de l'humanité et de la civilisation le coin de terre qui lui était échu pendant sa courte vie ; il y incarne à perpétuité la pensée fugitive qui l'animait quand il s'est endormi dans la mort.

' Bossuet, sermon sur la mort.

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C'est plus qu'un droit exorbitant, c'est une prétention immorale à tous les titres, et , d'abord , par l'injuste concurrence. qu'elle fait à l'esprit de famille. La famille a tout à gagner, nous le croyons, à la liberté des testaments, mais à une condition , c'est qu'on ne soit pas intéressé à user de cette liberté contre la famille elle-même. Or, quelle séduction ne peut pas exercer, en faveur des corporations, la pensée qu'en les choisissant pour légataires, on garde moralement la disposition de ses biens? Avec rbérédité naturelle, nous pouvons espérer que notre bien restera dans notre lignée , mais pendant combien d'années? et, avant même qu'il en sorte, combien de temps nos intentions seront-elles respectées, combien de temps vivra notre souvenir? Dans une corporation, nous nous donnons un héritier qui ne peut, sans perdre ses droits, se montrer infidèle à l'esprit qui a servi de lien entre lui et nous, un dépositaire plutôt qu'un héritier, qui continuera indéfiniment à exercer en notre nom, conformément à notre volonté, et en honorant notre mémoire, l'influence que nous devions à nos richesses. La famille tient l'homme par âe si fortes attaches, qu'elle prévaudra le plus souvent, je le crois; mais combien de fois ses droits seront-ils sacrifiés^ quand ils seront battus en brèche par d'ardentes convictions, habilement exploitées, ou par la vanité, disons mieux, par l'ambition honorable de faire bénir son nom dans la postérité par une fondation utile!

Cette immobilité, qui est un des caractères de la propriété sociale, est incompatible avec la loi même de la propriété. Il y a deux droits en présence dans toute propriété : le droit de chacun et celui de tous. Le premier veut que chacun puisse conserver à perpétuité, pour lui et ses ayants droit, les biens dont il est légitime propriétaire ; le second veut que cette consécration perpétuelle delà propriété ne soit pas l'exclusion perpétuelle des uns au profit des autres. Gomment se concilient ces deux droits dans la propriété individuelle ? Par la liberté delà propriété. Tant qu'une loi contraire au droit n'attache pas forcément la propriété aux mêmes familles ou à un même corps de propriétaires, la liberté a naturellement pour effet de lui rendre la mobilité qui en ouvre l'accès à tous, sans faire violence à sa perpétuité légitime. L'hérédité des biens est le droit de la famille ; l'hérédité des mêmes

vertus, des mêmes habitudes d'ordre, de prévoyance et d'économie, n'est qu'un fait accidentel, qui ne saurait se reproduire constamment à travers une longue série de générations. Ce que les pères ont amassé, les fila le dissipent. Telle famille dont la prospérité paraissait assise sur une base inébranlable, au bout d'un siècle est perdue dans la foule ; telle autre qui semblait vouée . à la misère prend place peu à peu, et quelquefois par un coup soudain de la fortune, parmi les heureux et les puissants de ce monde, pour retomber tôt ou tard dans son obscurité et dans son néant. Ces alternatives d'élévation et de chute sont inévitables , lors même que la propriété et la famille sont constituées aristocratiquement. On les remarque à peine sous un régime de liberté, tant elles sont communes et journalières. Or, les propriétés sociales, les biens de mainmorte, comme on les appelle, ne sont pas libres ; elles n'onl pas cette mobilité vivante qui concilie seule les droits de chacun et les droits de tous. Voilà pourquoi leurs droits, poussés à l'extrême, sont proprement en dehors du droit : Summum jns^ summa injuria. La propriété n'appelle pas moins la mobilité, si l'on considère, non plus les individus qu'elle enrichit, mais les pensées qu'elle représente et auxquelles elle sert d'instrument. Ici encore nous trouvons en présence le droit de chacun et celui de tous. L'appropriation de la matière est le droit de l'esprit ; mais elle impliquerait contradiction et injustice, si, une fois faite au profit d'une idée, elle excluait à jamais toute idée nouvelle. La conciliation se fait naturellement, quand la propriété n'est attachée qu'à ridée vivante, à l'idée mobile et progressive. C'est ce qui a lieu pour la propriété individuelle. Si l'hérédité n'a pas pour effet de maintenir éternellement les mêmes biens dans les mêmes familles, elle a encore moins le pouvoir de les immobiliser au service des mêmes idées. Chacun tient plus ou moins à penser par soimême; chacun, quoi qu'il fasse, pense avec son siècle. Quand on supposerait non-seulement une même famille, mais un même l)ropriétaire conservant à travers les siècles une même propriété, un même esprit ne s'y maintiendrait pas encore; ce témoin des vieux âges y ferait circuler, sciemment ou à son insu, l'esprit successif des temps qu'il traverserait. Or, cette fiction d'un propriétaire immortel, la propriété sociale la réalise, mais eu

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excluant le progrès de la pensée, qui suivrait, par la force des choses, rimmortalité d'un individu. L'esprit que représente une telle propriété, ce n'est pas celui qui aninjerait ceux qui Tont constituée, slls vivaient encore, car il se serait nécessairenient modifié; c'est celui qui les animait il y a plusieurs siècles; c'est une pensée morte avec eux, morte avec leurs contemporains, et qui ne garde peut-être une vie apparente dans quelques âmes que par l'influence des biens matériels auxquels elle est éter* nellement attachée.

Comme personnalité collective, une corporation ne peut avoir qu'un seul esprit, toujours le même ; mais cet esprit ne doit se conserver entre ses membres, sans cesse renouvelés , sans cesse empruntés à la société extérieure, que par la libre et consciencieuse adhésion des âmes. Ceux qu'il a cessé d'animer doivent se retirer, et, si tous lui sont devenus étrangers, la corporation doit se dissoudre. Or, •quelle pression n'exerce pas sur les consciences rîntérêt personnel, l'inlérôt de la propriété? Se retirer, c'est renoncer à ses droits sur le revenu social. Dissoudre la société, c'est se dépouiller du fonds et de la puissance dont il est l'instrument. On sait combien il en coûte, même quand la conscience parle le plus haut, pour faire violence à des habitudes invétérées de penser, de sentir et d'agir, surtout quand elles ont acquis la forceque donnent une vie commune etdes engagements solennels: si l'on met encore dans la balance le poids de la richesse, que restera-t-il pour la liberté morale de l'âme? Nul homme n'écoute volontiers des arguments qui, s'ils sont vrais, auront pour effet de le ruiner. Si le paganisme avait pu obtenir de l'Élat devenu chrétien, après la conversion de Constantin, le respect de ses propriétés, consacrées parles mêmes droits que les propriétés ordinaires, nous verrions peut-être subsister encore un clergé païen, ' en possession de tous les monuments de son culte et de toutes les richesses destinées à en assurer l'éclat, fidèle à ses dieux, sans bien savoir lui-même s'ily croit par intérêt ou par une foi sincère, et leur conservant des adorateurs parmi tous ceux que ses moyens d'influence maintiendraient dans sa clientèle.

Si chaque génération pouvait consacrer, au profit de ses sentiments et de SCS pensées, une portion de cette terre où toutes les générations viennent successivement jouer leur rôle, que res-

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terait-il bientôt pour les siècles futurs ? <t C'est une cbose serprenanle, dit Lady Montague, quelle quantité de terrain est perdue en Turquie au i)rofit des cimetières! J'ai vu quelquefois des cimetières de plusieurs milles appartenant à de tout petits villages, qui étaient jadis de grandes villes, et qui ne retiennent plus que cette triste marque de leur ancienne grandeur *. » Des propriétés perpétuelles affectées aux idées du passé ressembleraient à ces cimetières. La mort y garderait également la place destinée à la vie. La propriété d'un monument dure légitimement, dit Hegel, tant qu'il conserve son âme, c'est-à-dire tant que le souvenir qu'il est destiné à rappeler reste présent dans les esprits. La consécration éternelle des tombeaux n'est qu'un caprice vide, si aucun souvenir n'y habite. Une concession perpétuelle se prescrit de soi-même, lorsqu'elle n'exprime la pensée d'aucune àme vivante K D'où vient que nous appelons la protection de la loi sur certains monuments qui, depuis longtemps, n'ont plus, pour aucune famille, un intérêt particulier ? C'est leur antiquité qui leur vaut notre respect; mais c'est ce respect même, c'est-à-dire un sentiment vivant et présent, qui donne à ces débris du passé le droit de rester debout. De même pour les propriétés consacrées par les institutions du passé. Elles n'ont plus aucun droit, quand elles ont perdu leur âme, quand les idées qui se les ont appropriées ne sont plus, pour les générations nouvelles, qu'une lettre morte, et ne trouvent leur raison d'être que dans ces propriétés mêmes.

Tout ne change pas , sans doute, dans le domaine des idées. Quelques-unes, et l'on peut croire que ce sont les meilleures, bravent l'effort des siècles, et ne participent au progrès de l'esprit humain que dans leur développement, sans voir ébranler leurs principes. Pour celles-là, comme pour les plus périssables, il y aurait encore quelque chose d'immoral et de funeste, si elles pouvaient s'attribuer des propriétés perpétuelles. Tant qu'une idée subsiste dans toute sa force, elle peut toujours compter sur le même dévoûment. Les dons suivront sans cosse les dons au proflt de la société qui la représente ; les générations nouvelles

^ Lady Montagne, Letters.

^ Hegel, Grundliniender Philosophie des Redits, % 6i.

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