U PRQPEIBTÉ PUBLIQUE ; SON ORIGINE
à la disposition des autres associations , comme des individus : par l'occupation, par le travail, par l'échange, par des dons ou legs, par la prescription.
La propriété publique a commencé partout avant la propriété privée. En droit, la propriété privée a la priorité ; en fait, on peut dire qu'elle est sortie de la propriété publique. Rien ne contribue plus à compliquer la question de la propriété , dès qu'on cesse de la considérer d'une manière abstraite et qu'on veut tenir compte de ses vicissitudes historiques.
Aussi loin que. nous remontions dans l'histoire, elle nous montre, à l'origine de tous les peuples, des tribus, sédentaires ou nomades, qui vivent en commun sur le territoire dont elles ont pris possession. Les peuples sauvages sont forcément communistes; ignorant le travail personnel, qui pourrait seul les attacher à la terre, ils se dispersent, par bandes nombreuses, dans les grandes plaines ou les forêts vierges, où ils mènent une vie errante, cueillant les fruits qui croissent sans culture, demandant à lâchasse un aliment à leur activité aussi bien qu'un moyen de subsistance, ou, plus calmes et déjà plus susceptibles de culture, poussant devant eux leurs troupeaux. C'est seulement quand l'agriculture et Tindustrie prennent naissance qu'on voit des familles et des individus isolés se retirer sur un petit coin de terre, y concentrer leurs efforts et y trouver plus de richesses que le reste de la tribu sur ces immenses territoires de chasse, tant regrettés par les héros des romans de Cooper. Nul ne songe d'abord à leur disputer la possession de l'enclos qu'ils fécondent par leur travail ; car, disent naïvement les Indiens de l'Amérique du Nord, « nous aimons qu'il y en ait parmi nous qui plantent et qui cultivent : ils cessent de tuer tant de gibier, et il nous en reste davantage ^ » La tribu, premier rudiment de l'État, encourage déjà la création des propriétés privées ; mais partout, dans la barbarie comme dans la civilisation, la société politique se réserve le droit d'en limiter l'extension et de conserver des propriétés indivises, au profil de la communauté. Son droit paraît d'autant moins restreint qu'on est plus voisin du communisme primitif, et que les mœurs sont plus grossières, les
* Cité par Hippolyto Passy, Des cames de l'inégalité des richesses,
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passions plus violentes, les esprits plus ignorants et moins mûrs pour la liberté personnelle.
Aujourd'hui, dans nos théories politiques, nous aimons à nous figurer l'État comine une magistrature populaire, élue ou du moins contrôlée par les citoyens, qui se soumettent librement à son autorité, et recevant chaque année, du vote d'une assemblée délibérante, un budget régulier. Les peuples primitifs n'auraient rien compris à cette notion abstraite de TÉtat. Ils ne conçoivent le pouvoir et ne sont portés à le respecter que s'ils le voient constitué à l'image de la famille, transmis de père en fils, comme l'autorité domestique dans chaque maison, et disposant, au lieu d'un budget, d'un riche patrimoine, qui lui permet d'exercer sans contrôle sa libéralité et de veiller sur^tous les intérêts de la nation. A la place de ces hiérarchies de fonctionnaires, que nous instituons au nom des lois, ils acceptent plus aisément des familles privilégiées, qui, renonçant aux professions manuelles, se consacrent au métier des armes et à toutes les charges publiques. Ces familles, qui se targueront plus tard de leur ancienneté, sont, en général, d'un sang plus jeune et plus vif que les autres ; souvent môme elles se sont établies par droit de conquête dans un pays dont les habitants amollis n'ont pas su leur résister. Dans les temps de barbarie, elles sont plus propres que le reste de la nation à soutenir l'effort des guerres privées et des guerres étrangères, à maintenir intacts l'honneur et l'indépendance de la nation, qu'elles associent à leurs traditions de grandeur et de gloire. On peut dire, en définitive, que leur travail, à ces tristes époques, est plus précieux que tout autre travail, puisqu'il a pour but le salut du pays. Elles justifient ainsi, non-seulement par la prescription, mais par les devoirs quelles remplissent envers la société tout entière, les droits qu'elles ont usurpés sur la plus grande partie de la richesse publique.
On voit encore se former, chez tous les peuples, bien d'antres propriétés qui, sans faire partie du domaine propre de l'État, ont cei)endant un caractère public : telles sont les propriétés des associations religieuses et des corporations professionnelles, qui, en principe, devraient être entièrement distinctes de la société politique, mais qui, en fait, ont reçu presque partout leur institution de l'État, et ont été appelées par lui, dans une mesure
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