LE SYSTÈME FÉODAL; SON INJUSTICE JPBOPBE
d'un suzerain supérieur. L'iniquité n'apparaît évidente que dans la servitude des derniers vassaux; mais cette servitude n'était pas inhérente au système féodal^ comme le prouve la transformation progressive des serfs de la glèbe en fermiers libres : ce n'est donc pas là qu'il faut chercher le vice radical de la féodalité.
La féodalité blessait les principes du droit naturel, moins par l'exagération du gouvernement aristocratique que par l'absence des conditions essentielles du droit de propriété. La propriété a sa racine dans la destinée morale des individus ; elle ne demande à la société civile qu'une détermination et une sanction ; tout ce qu'elle a de positif est moralement antérieur aux institutions qui en règlent l'usage. Sous le régime féodal, la pyramide est renversée. Sa base est dans l'État ; elle repose sur les pouvoirs publics, sur le roi d'abord, source commune de tous les droits , puis sur la hiérarchie aristocratique, qui seule les exerce dans leur plénitude. Point de terre sans seigneur, ppint de seigneur sans suzerain, point de propriété qui n'émane directement ou indirectement de la souveraineté politique : voilà les maximes qui dominent au moyen âge. Elles font plus que déplacer le droit de propriété, elles le compromettent à tous les degrés de Téchelie sociale. En bas, il n'est rien qu'une possession précaire et dépendante; au milieu, malgré l'étendue, souvent exorbitante, de ses privilèges, il porte un signe de servitude ; en haut, il ne pourrait trouver sa réalité que dans un communisme heureusement impossible, et qui serait sa négation même. Dans ses conditions normales, la propriété brave les révolutions politiques. Elles ne peuvent atteindre son essence positive, qui réside dans les droits naturels des particuliers; elles ne peuvent toucher qu'à ses bornes, dont la détermination est seule du ressort de l'Étal. L'organisation féodale, confondant le droit de propriété avec les droits politiques, le faisait dépendre de toutes les vicissitudes par lesquelles ces derniers sont destinés à passer, et le mettant sans cesse en question, le mettait sans cesse en péril.
Là était le mal, là était aussi le remède. Entraînée dans le cercle des révolutions politiques, la propriété privée a pu recouvrer par elles son indépendance et sa constitution naturelle. Le pouvoir politique n'existe en fait et en droit que par la volonté des peuples, non qu'il ait besoin d'émaner directement de leur suffrage, mais