‹ La liberté de conscienceChapitre 139 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

en mission, qui attentent ainsi à la liberté de conscience, se justifient dans leurs rapports par des raisons de police. Ils affirment que si les protestants et les catholiques peuvent faire profession extérieure de leur culte, il en résultera des conflits et peut-être même des guerres civiles. Nous savons aujourd’hui à quoi nous en tenir sur ces terreurs, vraies ou feintes; les guerres religieuses ne naissent pas si aisément, et une administration intelligente a autre chose à faire, pour éviter des collisions, que d’ôter la liberté à tous les partis. Mais soit: on se cachera pour prier. On fermera les portes du temple. Au moins, dans ces réunions à huis clos, jouira-t-on de la sécurité garantie par la loi? Hélas! on ne le sait que trop : de tous côtés venaient les injures; les journaux et les clubs ne tarissaient pas ; les administrations locales s’enhardissaient à entraver le culte et à molester les prêtres. Au club des Jacobins^ on reprochait à la Convention sa tolérance comme un reste de faiblesse 4 . On attaquait jusqu’à la religion naturelle. Dieu était passé de mode. Les orateurs des Jacobins et ceux des sections de Paris enveloppaient toutes les religions et toutes les philosophies dans le même mépris et dans le même anathème 2 : « Quiconque a la débilité de croire en Dieu, >» disait Anacharsis Clootz. Danton voulant prouver les progrès de la liberté religieuse s’écriait : « Partout le peuple dégagé des impulsions de la malveillance reconnaît que quiconque veut s’interposer entre lui et la divinité est un imposteur. Partout on a demandé la déportation des prêtres fanatiques et rebelles. » La Commune de Paris, qui allait plus vite que la Convention, prit un arrêté qui interdisait tous les cultes. C’était en novembre 1793. Le même mois (17 brumaire an u), il se

4. Discours de Léonard Bourdon, 4 6 brumaire an n(6 novembre 4 793): « Quant à la Convention, puisque sa volonté est d’assurer la liberté des cultes, puisqu’il faut encore pardonner cette faiblesse au reste de la génération....»

2. Séance des Jacobins du 4 8 brumaire an n (8 novembre 4 793).

pressa dans le sein de l’Assemblée une scène révoltante. Elle avait entendu, le 28 août, des enfants, conduits par leurs instituteurs, venir demander qu’on ne leur enseignât plus Ta morale au nom du soi-disant Dieu ; elle avait vu un évoque (l’évêque de Périgueux) lui présenter son épouse. Elle avait laissé défiler devant elle des députations d’hommes affublés d’insignes sacerdotaux, et portant comme en triomphe les richesses dérobées aux églises. Mais la journée du 7 novembre effaça toutes les autres. On venait de lire à la tribune la lettre d’un curé, nommé Parens, qui voulait abjurer , mais à condition qu’on lui fît une pension. « Je suis prêtre et curé, disait-il, c’est-à-dire charlatan. Jusqu’ici charlatan de bonne foi, je n’ai trompé que parce que moimême j’avais été trompé. Maintenant que je suis désabusé, je vous avoue que je ne voudrais pas être charlatan de mauvaise foi. Cependant la misère pourrait m’y contraindre. Il me semble qu’il serait bon d’assurer le nécessaire à ceux qui veulent rendre justice à la vérité. Mes paroissiens veulent que je leur parle de neuvaines, de sacrements, de cent mille dieux. Ce n’est pas plus mon goût que le vôtre. » Pendant qu’on applaudissait, et que d’indignes prêtres, reniant leur passé et leur foi, déposaient leurs lettres de prêtrises sur la tribune 1 , on vit entrer au sein de la Convention Gobel , évêque constitutionnel de Paris, et précédemment évêque de Lydda, et membre de l’Assemblée constituante, accompagné de ses grands vicaires et de plusieurs prêtres de son clergé 2 . Ils étaient conduits par des membres de la commune, chargés de les escorter, moins pour leur faire honneur, que pour les maintenir dans leurs résolutions. Momoro, qui les présenta à la Convention, déclara qu’ils deman-

Même séance. Discours de Bernard. « Je rends justice aux vérités ’ que vient de développer sur le compte des prêtres Léonard Bourdon. Je proteste que cette tache originelle, dont j’ai été souillé malgré moi, cesse de me déshonorer depuis quatre ans.... »

Gobel fut condamné et exécuté le 24 germinal an n.

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