‹ La liberté de conscienceChapitre 141 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

eret les corps constitués k recevoir les abjurations 4 * * * . Il eu vint un si grand nombre, et par lettres, et en personne à la barre, que Danton en fut dégoûté \ Leur lâcheté ne les sauvait pas du soupçon. Dans la séance du 20 brumaire an il (10 novembre 1793), Bourdon avertit l’Assemblée de ne pas avoir confiance en ces renégats. « Méfiez-vous, dit-il , de ces hommes qui brûlent leurs parchemins. Ils avouent bien que les prêtres n’ont jamais été que des jongleurs, mais ils se font un mérite de le reconnaître, tandis que nous n’avons pas besoin de leur aveu. Un homme qui, il y a huit jours encore, a pu dire sa messe, n’est assurément pas un républicain. »

Dès le mois d’octobre, pour obéir au vœu de la Commune, la Convention avait décrété que l’église de Notre- Dame serait consacrée désormais au culte de la Raison ; qu’elle serait appelée le temple de la raison 8 . La raison, grand Dieu! eh! qu’avait-elle à faire dans ces saturnales ? Est-ce que la raison est donnée à l’homme uniquement pour suppléer à l’instinct? N’est-elle en nous que pour nous apprendre à conserver et à nourrir notre corps ? Et faut-il regarder comme son dernier mot cette parole impie, prononcée par Léonard Bourdon à la tribune des Jacobins : a Sois heureux, voilà la véritable manière d’honorer la Divinité, et le seul but pour lequel tu fus mis sur la terre s . » Non, telle n'est pas la nature de la • raison, et telle n’est pas la religion qu’elle enseigne. Son objet propre est précisément ce Dieu dont on lui faisait

4. Séance de la Convention du 23 brumaire an n (4 3 novembre 4 793). Sur la proposition de Thuriot, la Convention décrète que les corps constitués sont autorisés à recevoir les déclarations des ecclésiastiques qui renonceront à leur état.

2. « Il ne faut pas tant s’extasier sur la démarche d’hommes qui ne font que suivre le torrent. Nous ne voulons nous engouer pour personne. Si nous n’avons pas honoré le prêtre de Terreur et du fanatisme, nous ne

voulons pas plus honorer le prêtre de Tincrédulilô. » (Discours de Dau-

ton , G frimaire.)

3. Séance dca Jacobins du 46 brumaire an n (6 novembre 4 793).

usurper la place. Elle est en nous le sens de l'infini. C'est par elle qu'au lieu de nous borner au monde de la matière, nous trouvons, nous possédons le 'monde invisible. La raison, pour Ghaumette et la Commune de Paris, représentait dans la loi la terreur, dans la morale la licence, dans la philosophie l'athéisme ; mais pour nous et pour tous ceux qui savent l'entendre, elle signifie Dieu, le devoir et la liberté.

Il faut le *dire bien haut : ce culte de la raison ne fut que le délire d’un moment. La Convention le subit ; c'est une tache pour elle : mais l’idée n’en était pas née dans son sein; c’est une création de la Commune de Paris. Quand Chaumette, escorté d'une troupe de gens sans aveu, vint proclamer son nouveau culte dans l’Assemblée, les représentants applaudirent ; ils invitèrent Ghaumette et la déesse de la Raison aux honneurs de la séance ; ils firent plus: ils décidèrent que Notre-Dame serait le temple de la Raison, et descendant de leurs sièges, ils suivirent docilement le cortège de la déesse jusque dans son nouveau , temple 4 . Mais ils souffraient au fond de l'âme. Ils sen-

4. Séance de la Convention du 20 brumaire an ii (40 novembre 4 793).

« Chaumette , a la barre . Le peuple vient de faire un sacrifice à la Raison dans la ci-devant église métropolitaine. Il vient en offrir un autre dans le sanctuaire de la Loi : je prie la Convention de l’admettre. »

Un groupe de jeunes musiciens ouvre la marche. Les jeunes orphelins des défenseurs de la patrie viennent ensuite; ils chantent un hymne patriotique qu’on répète en chœur.

Des citoyens couverts d’un bonnet rouge s’avancent en répétant les cris : Vive la Montagne l Vive la République J Les membres de la Convention mêlent leurs cris à ceux des citoyens. La salle retentit d’applaudissements.

Une musique guerrière frappe l’air des airs chéris de la Révolution. Elle précède un cortège de jeunes femmes vêtues de blanc, ceintes d’un ruban tricolore, la tête ornée de fleurs.

Après elles, s’avance la déesse Raison. C’est une belle femme, portée par quatre hommes dans un fauteuil entouré de guirlandes de chêne ; le bonnet de la liberté est placé sur sa tête; sur ses épaules flotte un manteau bleu; elle s’appuie sur une pique....

f Chaumette. Nous vous demandons que la ci-devant métropole de > Paris soit consacrée à la Raison et à la liberté. Le fanatisme l’a abandon*

Page 1