‹ La liberté de conscienceChapitre 143 sur 269 · PARTIE II. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PARTIE II. LA RÉVOLUTION

est une maladie de l’esprit, je les crois plus malades que ceux contre lesquels ils peuvent s’élever. Pour moi, si j’ai méprisé la superstition, je ne me crois pas en droit de persécuter celui qui en est atteint. » Robespierre parla dans le même sens à la Convention, et fit rendre un décret protecteur de la liberté des cultes 4 .

Mais après un pareil ébranlement moral, après cette proscription des prêtres, après ces railleries homicides, dans ce pays où tous les temples étaient profanés, dans cette assemblée qui pendant des mois entiers avait laissé défiler devant elle la sacrilège procession des dévastateurs et des spoliateurs d’églises, un pareil décret n’était qu’une protestation inutile. Il n’eut pas même la force de suspendre les proscriptions dans les départements. Les prêtres constitutionnels furent presque partout confondus avec les prêtres réfractaires. Il y en avait un grand nombre N sur lès pontons deRochefort. Les représentants en mission, dont les fureurs se trouvaient désavouées, réclamèrent et obtinrent le droit de ne pas changer de conduite 2 . Et quand bien même l’Assemblée, en proclamant la liberté des cultes, aurait laissé respirer les proscrits, où en étaient ces cultes qu’oü faisait libres ? Où étaient leurs prêtres, leurs autels, leurs fidèles? Où en était surtout le culte catholique, contre lequel s’élevaient tant de haines? Des prêtres cachés, des fidèles tremblants, les cérémonies du culte accomplies dans l’ombre la plus profonde, les

t. « La Convention nationale, considérant ce qu’exigent d’elle les principes qu’elle a proclamés au nom du peuple français et le maintien de la tranquillité publique,

a Défend toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes. >» (4 b frim. an u, 5 déc. 4 793.)

■ 2. Séance du 18 frimaire. Discours de Barrère : «Sur la proposition de Robespierre, vous avez pris des mesures de tranquillité publique relativement aux cultes.... Plusieurs représentants du peuple dans les départements ont pris des arrêtés pour aider les citoyens a détruire la superstition ; nous pensons qu’il doit être ajouté au décret, que la Convention n’entend pas improuver les arrêtés pris par les représentants du peuple. ®

Cette addition au décret est adoptée.

lois protectrices rendues, en grand nombre, également insignifiantes et impuissantes aux yeux des amis et des ennemis, est-ce là la liberté ? Est-ce la tolérance? En est-ce l’image? N’est-il pas évident que, dans la situation où se trouvait la France, le premier prêtre qui aurait avoué ses relations avec Rome aurait été livré à la hache ? Celte loi du 15 frimaire venait trop tard. Oui, les cultes subsistaient ; mais la liberté des cultes, à moins de changer les esprits et les mœurs, il n’était plus au pouvoir de personne de la donner.

Robespierre le sentit. Il hésita longtemps à prendre une résolution. Enfin il crut le moment propice pour fonder un culte national. Il célébra le 20 prairial la fête de l’Être suprême. Une entreprise analogue avait réussi en Angleterre et en Russie à d’autres époques. Mais l’esprit moderne ne se prête plus à des créations de ce genre. Il y voit trop clair : il y regarde de trop près. Il peut accepter le monde invisible, mais seulement au pied de la preuve. On peut afbrmer qu’avec ses habitudes sceptiques et positives, si jamais il adopte une religion nouvelle, cette religion sera une philosophie ; elle -sortira d’une école et non d’un pouvoir. En croyant qu’il fonderait un culte, Robespierre s’exagérait la force de la Convention, et même celle de la terreur. Cette assemblée n’avait plus de force morale à donner. On savait trop qu’elle manquait de foi religieuse. Elle avait donné l’accolade à (jobel, à Momoro, à Chaumette, à la déesse Raison ; et elle prétendait fonder un culte ?

La tentative de Robespierre fut donc vaine. Elle devait l’être; et même il était dans la logique de l’histoire qu’on en méconnût l’esprit et la portée. Le décret qu’il fit rendre et le discours qu’il prononça prouvent seulement combien était énergique la réaction contre le matérialisme et l’athéisme. Us prouvent aussi que cette réaction n’allait pas jusqu’à donner aux hommes du pouvoir une idée nette des droits de la conscience humaine. Dans ce

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