CHAPITRE III
Le concordat de 1801.
La Révolution avait trouvé le clergé très-riche, trèspuissant à la Cour, fortement organisé comme parti politique , n’ayant que peu d’influence sur la population , n’en méritant pas. Elle procéda contre lui par des attaques successives ; d’abord, elle l’anéantit comme ordre distinct dans l’État, et fit rentrer tous ses membres dans le rang des citoyens ; puis elle lui prit ses terres, ses riches dotations et les remplaça par une rente annuelle deux fois plus forte que notre budget des cultes, ce qui n’en parut pas moins à tous les intéressés une véritable spoliation. De ces réformes purement extérieures, elle passa à une réforme bien plus radicale puisqu’elle changea de sa propre autorité les circonscriptions des diocèses et des paroisses, diminua le nombre des fonctionnaires ecclésiastiques , régla leurs attributions, rendit toutes les places électives, même celles des évêques : ce fut la constitution civile du clergé, qui eut pour conséquence immédiate de diviser l’Église française en prêtres constitutionnels et prêtres réfractaires. Les prêtres réfractaires étaient rebelles à la loi et les prêtres constitutionnels l’étaient k l'Eglise. Ces deux partis devaient être et furent irréconciliables. Tandis que le pape condamnait les constitutionnels, la République faisait aux réfractaires une guerre acharnée. Beaucoup
émigrèrent , beaucoup furent déportés ou guillotinés ; quelques-uns même furent massacrés. Les constitutionnels ne jouirent pas longtemps des fruits de leur soumission aux ordres de l’Assemblée constituante ; en butte à la haine des révolutionnaires les plus ardents, ils ne furent pas soutenus par le pouvoir central qui supprima leurs subsides, leur ôta le caractère de fonctionnaires publics et finit par leur défendre absolument d’exercer leur culte; les confondant ainsi, au bout de très-peu d’années, dans la même proscription que les réfractaires. Cette proscription absolue ne fut pas de longue durée; la liberté de conscience plusieurs fois proclamée , sans être jamais ni comprise ni pratiquée, devint moins illusoire après la fête de l’Etre suprême: c’est-à-dire que le fait de célébrer les cérémonies du culte cessa d’être un crime aux yeux de la loi. Les prêtres constitutionnels, qui n’avaient plus du reste aucun caractère officiel, purent ouvrir des Églises et tenir des conciles. Ils comptèrent autour d’eux un certain nombre de fidèles. L’Église orthodoxe, encore proscrite dans la personne de ses prêtres, en comptait aussi, mais très-peu, et seulement parmi les amis de l’ancien régime qui rêvaient une restauration du pouvoir royal. Quant aux révolutionnaires, fidèles à leurs rancunes contre la domination cléricale, ils supportaient impatiemment les conséquences si incomplètes du principe de la liberté de conscience récemment établi dans les lois, et ils enveloppaient dans la même défiance et souvent dans la même haine les prêtres des deux Églises et la religion ellemême.
Le général Bonaparte, révolutionnaire et jacobin dans les commencements, n’avait pas tardé à être importuné de l’anarchie, à en desirer la fin, et à sentir que l’ordre étant devenu pour tout le monde un impérieux besoin, la majeure partie des hommes dévoués aux principes de 89 , et un grand nombre de royalistes , ces derniers, il est vrai, avec une arrière-pensée, ne manqueraient pas de former en