CHAPITRE IV
Le pape persécuté par le gouvernement impérial.
On ne tarda pas à voir que les appréhensions du pape et du cardinal Consalvi, au sujet de la police des cultes, n’étaient que trop fondées. Le concordat avait le sort de tous les compromis; chacun des contractants avait excédé son droit, le premier consul en accordant trop d’avantages au catholicisme, le pape en laissant prendre au pouvoir civil trop d’autorité sur les affaires religieuses. Ayant besoin, chacun de leur côté, de faire approuver leur œuvre, le pape par les cardinaux, et le premier consul par les assemblées législatives, ils étaient obligés de changer l’un et l’autre de langage et de rôle : car le pape, discutant contre le premier consul avant la conclusion, déclarait impossibles des concessions qu’il présentait maintenant aux cardinaux comme acceptables et surtout comme nécessaires; et le premier consul, qui n’avait cessé d’affirmer au cardinal Consalvi qu’il était tout prêt à rompre les négociations et à se passer du concours de l’Église catholique, faisait démontrer aux législateurs, par le conseiller d’État Portalis, que rien n’était plus indispensable à l’ordre et à la paix que la religion catholique et romaine. Il y avait pourtant cette différence entre les deux situations, que le premier consul tirait avantage, pour faire accepter plus aisément le concordat, de toutes les entraves qu’il avait imposées à
l’autorité pontificale. Il crut même qu’il y avait lieu de les aggraver après coup, et il s’y porta avec d’autant plus de résolution, qu’en même temps qu’il améliorait sa situation devant les corps constitués, il augmentait sa force de résistance contre les empiétements éventuels de la cour de Rome. Telle fut la double origine des articles organiques joints au concordat, et qui constituaient précisément cette police du culte laissée à la disposition du gouvernement par l’art. 1 er .
On peut être étonné d’entendre parler de résistance aux volontés du premier consul. D’abord, le concordat n’était pas une surprise pour la nation; les négociations avaient duré longtemps, et personne n’ignorait ce qui se préparait. Il ne s’agissait pas non plus, comme on l’a dit trop souvent, de relever les autels : le culte catholique était déjà rétabli dans 40 000 communes de France àu moment du concordat. Enfin, le premier consul ne rencontrait guère d’obstacle à ses desseins en 1801. Le Tribunat, le Corps législatif lui obéissaient aussi exactement que son Conseil d’État et son armée. Il n’eh est pas moins vrai que, sur cfe point, lés esprits se montraient plus difficiles que sur tdut le reste : ce n’était pas par respect pour la libeHë de Conscience; on n’aurait guère pensé à demander la liberté d’avoir un culte, mais on se sentait blessé ët comme menacé par cette consécration officielle d’un culte, èt surtout du culte catholique. Ce retour k la Veligiofi semblait, à tous céux qui ne l’avaient pas souhaité, iifi abandon de la révolution. La révolution avait été faite autant contre le
clergé que contre la royauté. Beaucoup d’anciens jàcobins s’accommodaient d’un maître, mais ils në potivàient se faire à l’idée d’un catéchisme. Ils pouvaient chàdgêr de politique, et colorer même leur changement; mais ils ne pouvaient cesser d’être voltairiens. L’affilée et Son étatmajor, même dans les grades les plus élevés ët dans l’entourage immédiat de l'empereur, dissimulait à peine gà mauvaise humeur. Les tribuns et les députés annonçaient