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CHAPITRE IV

Les empereurs romains persécutent le christianisme.

Au moment où le christianisme apportait dans le monde romain cette grande révolution, le décrépitude était partout, dans les choses et dans les âmes. Caton avait emporté en mourant ce qui restait des mœurs de la république. Rome avait crû par le patriotisme ; elle tomba par la servitude. Les patriciens, devenus courtisans, prirent des âmes de courtisans, despotes chez eux, flatteurs chez le maître. Ils se jetèrent dans un luxe effréné qui traîna la misère à sa suite; car le luxe, quoi qu’on en dise , est le contraire de l’art, et il aboutit toujours à une déperdition de forces. Le peuple, qui ne savait pas travailler et n’avait plus de guerres , s’accoutuma à vivre de largesses. Quand il y eut au-dessus des tribunaux la volonté d’un homme, la loi perdit son autorité et sa fixité. Point de philosophie; le Stoïcisme même était inconnu comme théorie. Sous la république, il n’avait été que dans les lois et les mœurs : il eût effrayé les courtisans de César. Le père de famille avait-il besoin pour ses enfants d’un maître de philosophie ? il le faisait acheter au marché. Ce maître était stoïcien ou épicurien, selon la vente et le hasard de la journée. A vrai dire, la philosophie n’était plus qu’un art frivole, qu’on se hâtait d’oublier en quittant la robe prétexte. S’il restait un fantôme de religion, elle était toute

en cérémonies , sans aucune croyance. Quel homme sérieux aurait pu croire à cette absurde religion du polythéisme? Cicéron, qui était pontife, assure que les vieilles femmes elles-mêmes en riaient. Rome ne manquait pourtant ni de temples ni de collèges sacerdotaux. Jamais elle n'avait eu sur ses places plus de statues de dieux, que depuis qu’elle ne croyait à rien. Ces simulacres amusaient la superstition populaire; ils servaient au faste des grands ; tout au plus rappelaient-ils quelques souvenirs patriotiques , selon la mode des Romains , pour qui la religion n’avait jamais été qu’un symbole de la patrie; mais depuis l’avénement des Césars, l’empereur avait pris dans le Panthéon romain la place de Rome. Il avait sa statue parmi les statues des dieux, et ce dieu-là était le seul qui conservât des adorateurs.

- Tel était le monde, quand le christianisme commença a prendre des forces. Rome, qui avait à peine entendu le nom de Jésus-Christ, apprit tout à coup que cette religion nouvelle, née parmi les barbares, à l’extrémité du monde civilisé, recrutait chaque jour des milliers de sectateurs. Ils suivaient les apôtres en grandes troupes et campaient à l'approche des villes , vivant entre eux avec austérité , et enseignant une doctrine que les païens n’avaient pas connue, la doctrine de la fraternité universelle et de l'égalité des hommes devant Dieu. Une école philosophique, au milieu de tant de sophistes hardis et subtils dont les disputes n’étaient considérées que comme un vain amusement, n’aurait k coup sûr ému personne; une religion même pouvait s’établir sans alarmer le pouvoir, car il y avait toujours au Capitole un piédestal vacant pour les divinités de fraîche date : mais il ne s’agissait cette fois ni de disputes entre savants , ni d’une forme nouvelle de la religion commune. Le nouveau dogme paraissait fait exprès pour les ignorants .et les simples : grand scandale pour les philosophes grecs, qui voyaient leur science méprisée. Il établissait un lien entre les petits, dans un

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