PARTIE III. LES CONCORDATS
' qui pesait sur les individus à cause de leur croyance ; la religion cessait tout simplement d'être un obstacle ; c'était une loi de prétermission : cette fois, au contraire, la religion elle-même prenait rang, par le college de Maynooth, dans les institutions du pays. Elle acquérait une existence officielle, une consécration légale. Un membre de la chambre des Communes, M. Spooner, ne put voir sans indignation cet abaissement, cette honte de l’Église établie, cette restauration légale du papisme. Pendant plusieurs années, avec un courage inébranlable, il proposa à la chambre de supprimer l'allocation de Maynooth. Son bill était repoussé chaque année à la première lecture ; mais la petite minorité qui le soutenait s'accroissait aussi chaque année, de sorte qu'un beau jour, le 7 mai 1856, elle se trouva être devenue une majorité. Le bill pour la suppression de l'allocation de Maynooth fut adopté cette fois (mais seulement, il est vrai, en première lecture) par 159 voix sur 292 votants. L'enseignement catholique a été plus heureux depuis. C’est la fermentation produite par l'agression papale qui avait fait la majorité de 1856. Aujourd’hui que la paix et la lumière sont revenues, et qu’on laisse le pape nommer des évêques et des cardinaux tant qu’il lui plaît, le collège de Maynooth n’a plus rien h craindre pour sa riche subvention.
Sans doute les catholiques ont pleine liberté de fonder des écoles à leurs frais. Ce droit n’est refusé à personne en Angleterre. Il s’y trouve des écoles fondées sur le principe de l’indifférence en matière de religion, ce qui ne veut pas dire l'absence de religion, et il s'y trouve même des écoles athées, ce qu’expliquent très-bien les récents progrès du positivisme. Mais les anciennes universités d’Angleterre, si puissantes par leur richesse et par leur * importance politique , si justement célèbres dans les lettres, sont des espèces de conciles ou de synodes permanents, aussi fiers au moins de leur orthodoxie que de leur science, et dont les dissidents sont très-sévèrement ex-
dus. On sait qu’en dehors de ces grandes et illustres Écoles, l’Angleterre n’a point d’enseignement national proprement dit. La chambre vote un gros budget, et l’État nomme des inspecteurs; seulement ces inspecteurs n’inspectent que les écoles qui veulent bien être inspectées, et ce budget n’est distribué qu’aux écoles qui le demandent, et qui remplissent certaines conditions. La première de ces conditions est de prendre la Bible pour base de l’enseignement; et il s’agit, bien entendu, de la Bible adoptée par les églises protestantes, ce qui exclut du même coup de toute participation aux libéralités de l’État les écoles juives et les écoles catholiques. On a beau faire ; une Église établie est une Église d'Étal, et à côté d’une Église d’État, il ne saurait y avoir qu’une liberté de conscience douteuse et incomplète.
Je ne veux pas parler de la Hollande, de ce pays qui fut de tout temps le plus hospitalier de la terre pour les sectes persécutées, mais où les catholiques se plaignent, malgré la loi de 1798, d’être systématiquement repoussés des emplois par le gouvernement, et des fonctions élec- • tives par le scrutin. Ce dernier grief n’est peut-être pas très-intelligible ; mais il prouve au moins que, dans ce pays de tolérance légale, on est encore divisé par les questions religieuses sur le terrain de la politique. Les protestants, les juifs, les catholiques ne se séparent pas seulement pour aller prier Dieu dans leurs temples : ils se divisent et se comptent partout. La liberté a beau être dans la loi; elle dépend chaque jour dans la pratique d’une question de majorité; et cela est si vrai qu’il y a dans le cabinet deux ministres des cultes, l’un pour les catholiques, et l’autre pour les affaires religieuses qui n’intéressent pas le catholicisme.
Mais je n’ai parlé jusqu’ici que des pays où la religion protestante domine. Je veux montrer dans d’autres États les rôles changés, et le catholicisme employant contre les protestants les mêmes armes que les protestants tournent ail-