‹ La liberté de conscienceChapitre 201 sur 269 · PARTIE III. LES CONCORDATS · texte numérisé non relu

PARTIE III. LES CONCORDATS

sonne; à peine esl-il en prison que toute l’Europe s’émeut : c’est que le crime dont il s’agit est puni du bannissement perpétuel avec privation du droit d’hériter. La loi remonte à 1687 et au règne de Charles XI; mais elle n’est pas abrogée ; et les juges sont contraints de l’appliquer en frémissant. Eh bien I à cette même année, un catholique à Florence se convertit au protestantisme. C’est un honnête homme, personne ne le nie, un bon citoyen, un père tendre, un homme de cœur; mais il s’est fait protestant, et il a distribué des bibles. Distribuer des bibles, c’est un crime, même à Florence, où depuis Léopold I er l’inquisition est abolie 1 . C’est troubler gravement l’ordre public ; c’est attenter à la religion de l’État. Pourquoi ne naissait-il pas à Stockholm? Il faut lire son interrogatoire. a Vous avez chez vous une bible? (Notez que ce sont des chrétiens qui parlent.) — Oui, j’ai une bible, et je la lis chaque jour avec attendrissement et respect. — Vous faites plus : vous la lisez à d’autres ? — Je l’avoue ; quand mon fils revient du travail, quand mes amis ont le soir une heure de liberté, nous nous réunissons en présence de Dieu, et nous lisons une page de l’Écriture. » L’arrêt prononcé le 27 juin 1852, après dix mois de détention préventive, condamne Madiaï à cinquante-huit mois de travaux forcés, et Rose Madia'h, sa femme, à quarante-cinq mois de réclusion dans la maison de correction de Lucques. Il faudrait être allé au pénitencier de Volterra et y avoir vu François Madiaï confondu avec les brigands, pour savoir à quels sacrilèges usages les hommes peuvent plier les lois. Le comte Guicciardini, coupable du même crime, a échappé au sort des époux Madiaï, grâce à son rang et à sa fortune. Condamné d’abord • à six mois de prison, avec cinq ou six complices, et exilé

l. Je laisse à dessein subsister ce passage, écrit très-peu de mois avant la révolution d’Italie. Toutes ces vicissitudes sont autant de démonstrations en faveur de la tolérance et de la morale universelle.

volontaire, ii n'a pu rentrer dans son pays qu'avec la liberté enfin conquise *.

Mais où mon discours ne prendrait pas de fin, ce serait si j'entreprenais de parler des israélites. Traités en ennemis publics pendant toute la durée du moyen âge, exclus de la société civile, objet d’horreur et de mépris pour tous les peuples, ils portaient le poids de la malédiction des chrétiens, qui voyaient des frères dans tous les hommes, et dans les juifs les meurtriers du Sauveur. Quand Luther accomplit son grand schisme, les deux Églises dissidentes ne s'accordèrent que dans leur horreur pour les juifs. On aurait pu croire que les guerres religieuses, en donnant à la haine un autre cours, laisseraient ce peuple respirer : il n’en fut rien. Les protestants et les catholiques se haïssaient entre eux; mais ils haïssaient encore plus les juifs, ils. les méprisaient, ils les abhorraient. Même pendant la révolution française, nous avons vu l'Assemblée constituante hésiter jusqu'au dernier jour à leur donner les droits de citoyens. Ils ne furent pas mieux traités au commencement de l'Empire. « Ce n'est pas une religion, disait Portalis; c'est un peuple. » Et l'on partait de là pour les traiter, sinon en ennemis, en étrangers du moins. Après dix-huit cents ans de proscription, ils n'avaient ni reconquis Jérusalem, ni trouvé une patrie. Ils obéissaient aux lois, ils payaient l’impôt, et même, pres-

*. La liste des victimes de l’inquisition toscane depuis la restauration de Léopold II serait trop longue. Nous citerons Bolognmi et Calamandrei, accusés en 4 854 , et qui échappèrent à la prison par la fuite; Slephan Benelli, condamné à six mois de prison, vers la fin de 4 851, comme suspect d’adhésion au protestantisme; en janvier 4 852, Daniel Mazzinghi, condamné à six mois de travaux forcés pour avoir détourné un mourant de recevoir l’extrême-onction; en janvier 4 853, Charies Carrara, pour avoir professé des opinions contraires à la religion de l’État, deux ans de prison; en août, Natale Lippi, trois mois de prison, pour avoir lu la Bible dans sa famille; en octobre 4 855, Eusèbe Massei, pour avoir lu la Bible à son fils âgé de quinze ans, un an de réclusion ; 25 mars 4 855, Dominique Cecchetti, pour n’avoir pas élevé ses enfanta dans la religion catholique, un an do prison, etc., etc.

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