PARTIE III. LES CONCORDATS
mise à l'égard des étrangers? Ils répondirent que Ja loi divine contenait des dispositions religieuses et des dispositions politiques, que les dispositions politiques étaient nécessairement abrogées depuis que le peuple d'Israël avait perdu son existence distincte, ses rois, ses magistrats; que nés en France et traités en citoyens par la loi, ils acceptaient pleinement tous les devoirs de citoyens. Quand ces douloureuses questions furent posées par les commissaires du gouvernement 1 , l'assemblée manifesta, par un mouvement unanime, combien elle était sensible à la défiance qu'elles exprimaient. Ils vivaient au milieu de nous, partageant nos charges, nos périls; et nous ne connaissions ni leurs lois, ni leurs mœurs, ni leurs sentiments.
Et quand donc avaient-ils désobéi? A quelle époque de l'histoire y eut-il une insurrection de juifs? Même quand on les dépouillait, quand on les chassait , avaient-ils recours à la violence? Les juifs, comme individus , étaientils moins réguliers que les chrétiens? Remplissaient-ils les bagnes et les prisons? Leurs ennemis mêmes s’accordaient à rendre hommage à leurs vertus domestiques. La famille juive était restée pure aux époques tes plus licencieuses. Paria au dehors , le misérable juif, rentré chez " lui, fermait toutes les portes, cachait sa vie aux ennemis de sa race et de sa foi, et devenait un patriarche. Ils restaient unis entre eux, disait-on: oui, par une commune oppression et un commun malheur. Les juifs ne se mêlaient pas aux autres peuples, parce que tous les peuples les repoussaient. Ils faisaient l’usure, il est vrai ; et souvent même avec une âpreté, avec une audace déplorables. Mais pourquoi faisaient-ils l'usure? parce qu'on leur interdisait de posséder la terre , d’exercer un métier. Il ne leur restait que l'argent; ils en trafiquaient. Quand ils étaient presque les seuls banquiers du monde , eussent-ils été
1. MM. Molé, Pasquicr et Portalis fils, maîtres des requêtes.
honnêtes, humains, généreux, on ne leur aurait pardonné ni leurs richesses, ni les droits qu’on ayait créés entre leurs mains par des emprunts. Souvent dépouillés arbitrairement, ils se croyaient, à tort, autorisés à chercher de grands bénéfices. Traités en ennemis, ils rêvaient la vengeance. Chassés de toutes les carrières ouvertes à l’ambition des hommes, il ne leur restait pas d’autre sphère d’activité que la banque et le commerce. S’ils se jetèrent en grand nombre dans l’usure, il est juste au moins de reconnaître que la faute n’en était pas à eux seuls. Ils pouvaient dire à la société : « C’est vous qui nous avez faits ce que nous sommes ! »
Voyons quelle est aujourd’hui leur situation 1 . Commençons par la Russie. Les juifs sont exclus de la Grande- Russie; non-seulement ils n’y peuvent pas vivre, mais ils n’y peuvent séjourner plus de vingt-quatre heures 2 . Il y a très-peu de temps qu’un secrétaire d’ambassade, portant un nom illustre, a été obligé, dit-on, de recourir à l’appui de son gouvernement pour obtenir de passer une semaine à Moscou 4 * * * 8 . Et cependant, étrange anomalie , la Grande-
4 , Ce qui suit, sur la situation des juifs en Pologne, en Prusse et en Autriche, a été écrit en <857. On sait assez que les modifications survenues, notamment en Pologne, n’ont été que des aggravations.
2. L’empereur actuel a rendu plusieurs ordonnances favorables à la situation des juifs. Le Ghetto de Moscou a été supprimé.
3. Dans ces derniers temps (cette note est de <857) un grand nombre d’israéliles qui étaient partis pour la Russie ont été repoussés à la frontière de cet empire parce qu’ils ne se trouvaient pas compris dans la catégorie des juifs auxquels les lois permettent de séjourner en Russie.
Afin d’éviter aux israélites prussiens cet inconvénient, le ministre de l’intérieur a fait recueillir toutes les lois et ordonnances actuellement en vigueur qui concernent la résidence des juifs étrangers en Russie, et il en a adressé des exemplaires aux régences des provinces, avec ordre de les communiquer à tout israélite qui demanderait un passe-port pour la Russie. Voici la substance de ces dispositions :
<° Le3 israélites étrangers arrivant en Russie ne pourront résider que dans les villes frontières où existent des douanes et des bourses, et encore seulement dans celles d’entre ces villes qui sont situées dans les provinces où il n’est pas interdit aux juifs de séjourner. Ils n’y pourront demeurer que pendant l’espace d’une année, et ils devront se conformer