PARTIE III. LES CONCORDATS
Russie n'est qu’une faible partie de l’empire russe; et tandis qu’on en bannit les juifs avec la dernière rigueur, les autres provinces de l’empire leur sont ouvertes. Ils y peuvent demeurer, trafiquer, former des établissements ; ils y ont des synagogues ; ils y obtiennent, pour leur culte et pour leurs personnes, la protection de l’État : ils ne deviennent criminels qu’en franchissant la frontière de la province voisine. Les juifs polonais ne sont tolérés que dans les villes, la campagne leur est interdite , et dans la ville de Varsovie ils ont leur quartier déterminé, comme à Rome 1 . Il leur est défendu de tenir des cabarets et des débits de liqueurs , et d’habiter dans une maison où un chrétien donne à boire ; ils ne peuvent acquérir de biensfonds : on leur permet seulement d’acheter à des prix trèsonéreux, des terres incultes pour les coloniser, et quand ils ont colonisé à leurs frais vingt-cinq familles juives, ils obtiennent enfin le droit de devenir eux-mêmes proprié-
aux lois qui régissent les commerçants étrangers, c’est-à-dire, qu’ils ne seront admis à faire aucun autre commerce que le commerce en gros à la Bourse et dans les limites du district douanier. Toutes les autres affaires commerciales leur sont formellement interdites. A leur arrivée, ils sont tenus de présenter, outre un passe-port complètement en règle, des pièces constatant que leur séjour en Russie est indispensable pour eux-mêmes ou pour les personnes qui les y auraient envoyés. Les juifs étrangers n’ont pas le droit de visiter les foires dans l’intérieur de l’empire, à moins qu’ils n’en aient obtenu une autorisation spéciale du gouvernement 2° Les israélites étrangers pourront entrer en Russie pour y suivre des procès ou autres affaires judiciaires; mais à cet effet ils devront produire des documents authentiques qui prouvent l’existence réelle de tels procès ou affaires, qui indiquent les lieux où ceux-ci sont pendants, et qui démontrent surtout la nécessité delà présence personnelle du voyageur.
3° Les juifs étrangers qui se proposent de créer en Russie des fabriques ou des manufactures seront admis à s’y établir, à la charge de prouver préalablement qu’ils possèdent des moyens pécuniaires suffisants pour la fondation de pareils établissements pour leur propre compte.
4° Enfin, l’entrée en Russie sera libre pour les juifs étrangers qui avec la permission du gouvernement ou des autorités administratives viendront y remplir les fonctions de rabbin ou exercer la profession do médecin.
K Les quartiers Nowowiniarska et Franciskanska.
taires. Il ne leur est pas permis non plus d'acheter une maison en pierre; ils ne peuvent acheter qu'une maison en bois, et après l'avoir achetée ils sont obligés de la faire reconstruire en pierres dans un court délai. Tous ceux d’entre eux qui demeurent hors de Varsovie payent un droit pour y entrer: on leur délivre un billet daté qu’ils doivent présenter à toute réquisition, et qui n'est valable que pour un seul séjour. S'ils restent un jour de plus à Varsovie, nouvel impôt, nouveau billet ; et ainsi pour chaque journée si leur séjour se prolonge. Cet impôt s'élève, par an, à un demi-million. Un autre impôt, plus bizarre, est frappé sur la barbe. Les juifs aiment à porter une longue barbe : ils sont obligés pour cela de payer une somme, et d'en porter sur eux le reçu, sans quoi le premier agent de police peut les mener chez ie barbier. Un troisième impôt a un caractère plus odieux encore, car il constitue une véritable impiété. C'est celui qui porte sur la viande-cacher , c’est-à-dire sur la viande préparée à la boucherie d'après le rituel des juifs. C’est un véritable impôt sur le culte. On l'a établi en 1812; il a pour conséquence de priver toute • la population pauvre de l’usage de la viande. Il va sans dire qu'on n’a pas oublié les livres et l'enseignement. La vente des livres de controverse est interdite ; les livres de prières sont soumis à la censure. L'éducation élémentaire est entravée par tous les moyens: point d'écoles rurales; si les juifs demandent à en fonder à leurs frais, on le leur refuse; s'ils veulent envoyer chaque jour leurs enfants à Varsovie, ils sont assujettis chaque jour au droit d’entrée, qui devient alors exorbitant. Eufin , pour dernier malheur, ils sont soumis comme les autres à la conscription, et dans une proportion plus forte que les autres; et il ne s'agit pas là de huit ans — le service militaire dure vingtcinq ans; — ni d'une carrière, car tout avancement leur est refusé. Un juif ne peut pas meme être sergent. Voilà la situation des juifs en Pologne ; et il y en a plus d'un demi-million.