PARTIE IR. LES CONCORDATS
En Prusse, le culte israéiite est toléré 1 ; on peut dire qu’il est traité avec faveur depuis quelques années, car les juifs ne sont plus astreints à porter sur leurs vêtements une marque extérieure de leur religion; il y a même une loi de l’État qui proclame la liberté absolue de tous les cultes: c’est l’article 12 de la Constitution du 21 janvier 1850. Mais si la constitution appelle les juifs à tous les emplois, l’État les repousse impitoyablement de tous les degrés de la hiérarchie. Ils ne peuvent être ni magistrats, ni officiers, ni professeurs. La carrière des fonctions leur est interdite dans un peuple de fonctionnaires 2 . Il y a quelques années, un député, M. Wagener, demanda à la seconde chambre la suppression de cet article 1 2, qui n’était alors et qui n’a été depuis qu’une lettre morte. Loin de se montrer favorable à cette proposition, la commission nommée par la chambre apporta un projet de loi ainsi conçu : « Lalibertéde la confession religieuse, de l’union des corporations religieuses , et de l’exercice privé et public des
4. Malgré le paragraphe de la constitution qui reconnaît la liberté des cultes, on distingue en Prusse quatre catégories de religions : 4» Les communions expressément reconnues; il y en a deux ; la communion évangélique et le catholicisme ; 2<> les communions reconnues, mais non privilégiées; il y en a quatre : les séparatistes (ou vieux luthériens), les frères moraves, les unitaires de Bohême et les réformés français; 3° les cultes tolérés, parmi lesquels il faut compter les quakers, les sectateurs de Ronge, les grecs et les juifs; 4° enfin, les sectes nouvelles, obligées de solliciter la permission d’exister.
Les religions tolérées , et le judaïsme, par conséquent, n’ont pas le droit de célébrer un culte public.
2. L’article 4 2 de la constitution prussienne du 34 janvier 4 850 est ainsi conçu : « La jouissance des droits civils et politiques est indépendante de la confession religieuse. » M. Wagener, qui l’attaqua en 4 850 , est l’ancien rédacteur en chef de la Gazette de la Croix. Il demandait l’abolition de ce paragraphe, a attendu, disait-il, que le principe dont il est l’expression est contraire à ceux d’un État chrétien. «Cette proposition fut appuyée par vingt-neuf membres. Elle donna lieu à 264 pétitions qui ont été recueillies par un écrivain très-distingué, M. le docteur Philippson, grand rabbin de Magdebourg, sous ce litre : a Der Kampf der Preuzischen a Jndcn für die Sache des Gewissensfreibcit. *> Magdebourg et Leipzick,
cultes, estgarantie. La jouissance des droits de bourgeoisie est indépendante de la confession religieuse. Aucun empêchement ne peut être apporté à l’exercice des droits de bourgeoisie et des droits civils pour cause d’opinions religieuses. La régularisation des droits civils des citoyens non chrétiens sera l’objet d’une législation spéciale. » Après deux heures de discussion dans la séance du 6 mars 1856 , le projet de la commission fut écarté comme inutile , et la proposition de M. Wagener comme attentatoire à la constitution et aux droits de l’humanité. Les juifs continuent à être, aux termes de la loi, les égaux de leurs concitoyens , et à subir, dans la pratique, un véritable ostracisme *. La même oppression pèse sur eux dans la plupart des États de l’Allemagne. C’est pourtant là, comme on sait, le pays de la philosophie; et la métaphysique, à peu près bannie du reste du monde, est enseignée en paix dans toutes les universités allemandes. Il est permis à un philosophe de nier Dieu dans sa chaire; il ne l’est pas à un juif de monter dans une chaire où il enseignerait l’unité de Dieu. Dans la Hesse électorale , la constitution , qui ne date que de 1852, interdit aux juifs de siéger dans les états 2 . Dans le duché de Meiningen, ils ne peuvent être ni électeurs, ni élus, ni jurés, ni fonctionnaires publics, ni même avocats ou avoués. La loi qui les exclut ne date que d’hier. Dans leMecklembourg, ils avaient obtenu, en 1848, les droits de citoyens. Ils en ont profité pour acquérir des terres. Mais le gouvernement local ne l’entend pas ainsi; et faisant revivre une interdiction antérieure à l’année 1848, il assigne les nouveaux propriétaires devant les tribunaux en résiliation de leurs marchés 8 . Cette contradiction rap-
\ . Il y a des exceptions, mais en frès-petit nombre, et par faveur spéciale. Ainsi on a nommé un juge israélite au tribunal de Berlin, en lui interdisant de siéger dans les causes où il y a prestation de serment.
2. Voici les termes de la loi : a La jouissance des droits politiques dépend de la confession chrétienne. » Constitution du 4 3 avril 1852, § 20.
3. Lettre adressée de Schwerin, le 4 décembre <855, à la Boersenhallede Hambourg : « Notre diète va aussi avoir à s’occuper des droits des israé-