PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
tombant en ruine, et des ministres du culte réduits à tendre la main, ou à se louer à la journée comme hommes de peine. Il y a d'ailleurs des services diocésains, tels que le traitement et l'entretien des chanoines et des évêques, les frais du culte dans les cathédrales, l’enseignement théologique, les synodes, etc., et des services généraux, parmi lesquels il faut compter l'institution des cardinaux et les conciles généraux et particuliers. Il faudra donc recourir aux cotisations régulières, tolérer, par conséquent, et même encourager la solidarité des membres de chaque Église entre eux, dans toute l’étendue du pays, et leur permettre d’avoir une caisse centrale, des administrateurs de cette caisse et des collecteurs. N’est-ce pas, avec le temps, fonder un État dans l'État? N’est-ce pas préparer entre les différents cultes des compétitions et des rivalités d’une nature regrettable? N’est-il pas évident que le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire seront forcés d’intervenir à chaque instant, soit pour surveiller la perception, soit pour surveiller l'administration des recettes? Cette intervention ne sera-t-elle pas plus difficile à exercer et plus difficile à supporter que l'intervention simple et régulière qui résulte de l’existence d'un budget? Par quelle assemblée la cotisation annuelle sera-t-elle fixée et répartie? Par quelles mains sera-t-elle perçue? Les divers clergés ne se livreront-ils pas à une inquisition occulte sur la nature et la quantité des revenus de leurs coreli- . gionnaires? Ne verra-t-on pas, selon les localités, des richesses scandaleuses h côté de misères plus scandaleuses encore? La perception de ces nouveaux impôts ne nuira-t-elle pas aux recettes de l’État? Ne troublera- t-elle pas l’action de l’assistance publique et celle de la charité privée? Enfin, si les administrateurs des revenus ecclésiastiques déclarent qu’ils sont obligés de prévoir des recettes insuffisantes, de fonder des caisses de retraite, de conserver des fonds disponibles pour des besoins éventuels, la justice ne veut-elle pas qu’on les y autorise? Et
la faculté d’accumuler des économies, de faire des placements et des acquêts, ne conduit-elle pas tout droit à la reconstitution des biens de mainmorte? Si on maintient la défense d’accepter des legs sans autorisation du conseil d’Etat, la justice distributive risque à chaque instant d’être blessée ; si on la supprime, on ouvre la porte à des abus incalculables et de toutes sortes, et on nuit du même coup à la sécurité des familles, à l’impôt, à l’agriculture, et à la dignité du corps sacerdotal. Tout cela, dit-on, se fait ailleurs sans inconvénient. Oui, mais dans des pays où domine l’esprit d’association, où l’ordre résulte de l’initiative intelligente des citoyens; non dans un pays de centralisation absolue. Il faut qu’un État soit homogène. Conclure de ce qui se fait dans un pays libre à ce qui pourrait se faire dans un pays qui ne l’est point, est tout aussi raisonnable que de vouloir tirer la même conclusion d’un raisonnement dont on aurait changé le principe. Supposez dans un pays la liberté d’association et l’esprit d’initiative qui en est la suite nécessaire, aussitôt l’association du clergé devient sans péril, et mes objections disparaissent. Quand une liberté est un péril, ce n’est jamais parce qu’elle existe : c’est parce qu’une autre liberté, qui lui servirait de contre-poids, n’existe pas. Je suis bien loin de croire que les difficultés que j’accumule ici soient des impossibilités ; mais elles le sont peut-être chez nous en ce moment, elles le sont avec nos lois, nos mœurs et nos habitudes d’aujourd’hui. C’est tout ce que je veux démontrer. Rien dans la liberté n’est dangereux, pour quiconque a toute la liberté.
3. Cette difficulté est grave; en voici une plus grave encore. La religion est nécessairement mêlée à tous les actes de la vie, à la naissance, au mariage, à l’éducation des enfants, à la mort 1 . De là des occasions innombrables de confiits.
4, La mort est l’acte le plus important de la vio.