‹ La liberté de conscienceChapitre 245 sur 269 · PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE

tout entière n’était qu’une vaste école de dépravation, et, suivant l’expression consacrée, la sentine de tous les vices.

Il est bon de remarquer que presque toute la polémique roula sur les livres de M. Cousin; que les autres ne figurèrent au procès qu’en qualité de comparses, et pour faire nombre ; de sorte qu’en définitive, on accomplit sous nos yeux ce tour de force vraiment unique de démontrer que l’Université pervertissait les mœurs et l’esprit de la jeunesse, parce que les livres de M. Cousin, qui n’étaient pas même des livres de classe, contenaient au plus deux ou trois phrases, interprétées par ses ennemis dans un sens panthéiste. Ainsi l’Université était corrompue, parce qu’elle avait à sa tête, à côté de M. Villemain, de M. Guizot, et de tant d’autres hommes graves et illustres, un philosophe qui a pu résumer sa doctrine dans un livre de morale, et qui a eu le droit d’appeler ce livre Le vrai , le beau et le bien .

Si cette conspiration a réussi un moment, grâce à la puissance de la presse, il est certain que les chefs du parti n’ont pas pu croire à ces exagérations et à ces calomnies. Une preuve , entre mille autres, que l’éducation des collèges était religieuse, c’est que les véritables écoles panthéistes et matérialistes combattaient avec le clergé contre l’Université. L’Université était accusée d’impiété par les uns, et d’hypocrisie par les autres. Elle n’était au fond que respectueuse et circonspecte ; mais tellement respectueuse, circonspecte à tel point, que le clergé, selon moi, au lieu de tant d’attaques et de tant d’injures, lui devait des actions de grâce. %

Cependant, à regarder non plus les collèges, mais la société, il était évident que le nombre des fidèles diminuait de jour en jour. L’incrédulité faisait des progrès , et, disons-le sur-le-champ, elle continue à en faire. Nous verrons tout à l’heure si c’est l’éducation laïque qui en est cause ; mais ne craignons pas de constater d’abord le fait. %

l’on compare la situation de la France, par rapport à la

religion catholique, avant et après la*Révolution , on ne trouvera certes pas de nos jours plus de libertinage et plus d'impiété, mais on trouvera une indifférence plus générale pour les dogmes, un éloignement plus marqué de la participation aux sacrements et aux offices. Gela même peut se constater dans de plus petites périodes, et l’on n'a qu'à comparer, par exemple, la Restauration avec le gouvernement de Juillet.

C'est à ce progrès constant et manifeste de l’indifférence en matière de religion positive , que le clergé voulait s'opposer, comme c’était son droit et son devoir. Il comptait pour cela sur l’éducation , plus que sur toute autre ressource, et il faut avouer qu'il n'avait pas tort. Il demandait la liberté d’enseignement, ce qui était juste , et il comptait en profiter plus que tous les autres, ce qui était habile. Mais il égarait les esprits en prétendant que l’éducation des collèges universitaires n'était pas religieuse. Elle l'était dans une bonne, dans une juste mesure. Elle ne l’était pas moins après 1830 qu'elle ne l'avait été sous l’Empire quand un évêque et deux grands vicaires siégeaient dans le conseil impérial de l'Université. Elle était, selon l'expression de M. Guizot à la Chambre des pairs, religieuse et laïque. On voulait la rendre monacale. Voilà le secret de la lutte, en voilà le dernier mot. Nous verrons tout à l’heure ce que signifie cette substitution de l'éducation monacale à l'éducation laïque, et à quelles vues d'ensemble elle se rattache.

L'éducation laïque des collèges mettait l'aumônier en rapports intimes et constants avec les enfants ; elle permettait, sans aucune restriction, sans aucune entrave, l’enseignement du dogme ; elle ne tolérait aucun enseignement contraire. Que voulait-on de plus? On voulait des pratiques minutieuses, qui obtinssent par l'habitude une inlluence que la persuasion ne donnait pas. On voulait un enseignement philosophique et historique qui rendît la crédulité facile en faussant les principes de la critique

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