PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
qui le pourra ? Les majorités ne font pas la loi en matière de conscience. N'y a-t-il jamais eu chez aucun peuple un homme qui voyait mieux et plus loin que tout le peuple? N'y a-t-il pas eu quelque part un cirque croulant sous des milliers de spectateurs féroces, et au milieu de ce cirque, un martyr de la conscience et de la vertu, mourant maudit par les hommes, et ne laissant pas meme derrière lui une mémoire? La majorité n’est ni le droit, ni le signe, ni l’apparence du droit : elle n’est que la force. C’est à la force que vous revenez en invoquant les foules; comme si la raison souveraine ne nous était pas donnée pour vaincre et utiliser la force ! Quand tout mon peuple se lèverait pour me crier qu’il faut courber le front devant la tyrannie, qu’il faut mentir, et se parjurer et se vendre, que je serai encore un bon citoyen quand j’aurai cessé d’être un honnête homme, est-ce que cette dégradation d’un peuple entier prévaudrait contre ma conscience ?
Les foules rejetées, à qui en appellerez-vous ? à l’État ? Mais qu’est-ce que l’État ? Son institution, si elle n’a pas pour fondement la liberté, repose ou sur un dogme ou sur la force. S’il n’est que la force, c’est-à-dire, s’il n’est qu’un contrat social, une coalition des intéressés, qu’apporte-t-il avec lui qui puisse ébranler une conviction? Cet État athée n’est maître que de mon corps. Si l’État est fondé sur un dogme, comment cette alliance d’une vérité religieuse avec la force civile peut-elle changer quelque chose au caractère de la vérité religieuse? Quoi ! en estelle devenue plus vraie parce qu’elle a une armée ? Étrange principe, en vertu duquel la religion russe serait plus vraie que la religion romaine, car le czar a plus de troupes que le pape. Quelle que soit l’origine et la nature de la force,, ni individu, ni majorité, ni État ne peut l’employer saiis crime à triompher du droit de la raisdn ; et nul homme ne peut sans crime, ayant été créé raisonnable, s’oublier et se prosterner devant la force. Tant que la vérité religieuse sera discutable, c’est-à-dire tant
qu’elle n’aura pas les caractères de l'évidence, il n’y aura pour elle d’arme légitime que la discussion. Qu’elle respecte avant tout la liberté de conscience, et quelle fasse par l’enseignement, si elle le peut, de légitimés conquêtes. La lice est ouverte !
Mais,' dit-on, il ne s’agit pas de preuve philosophique, il suffit d’établir l’authenticité d’une ‘révélation, c’est-àdire de prouver par le témoignage l’existence d’un fait matériel. Je réponds qu’il n’y a de faits évidents que ceux dont on est témoin. Le reste se discute ; et la preuve, c’est qu’il y a des témoignages contradictoires, des révélations contradictoires, et des incrédules de bonne foi qui rejettent toutes les révélations. Gomment ne sentez- vous pas que vous confondez l’évidence qui est dans les faits avec la certitude qui n’est qu’en vous-mêmes ? L’histoire aurait dû vous dégoûter de ce sophisme. La chimère de l’unité, que chaque doctrine a poursuivie tour à tour, a coûté assez de sang ; mais enfin aujourd’hui elle est vaincue ; les faits, tous les faits sont contre vous; les majorités se sont déplacées ; le plus pitoyable des arguments, l’argument du nombre, est devenu ridicüle; il y a désormais droit de bourgeoisie pour toutes les croyances : il faut donc trouver des arguments que vos adversaires puissent admettre, et ne pas les déclarer impuissants par l’unique raison qu’ils ne croient pas ce que vous croyez. Eh ! sans doute, si une fois vous partez dé la 'vérité de la révélation, vous pouvez dire que la raison est muüle, ou n’est utile tout au plus que pour vérifier les témoignages ; et vous pouvez dire que toute spéculation ep t inseùséé dès qu’elle s’écarte, ne fût-ce que d’une ligneÇ de la vérité révélée. Mais dites cela aux théologiens, âilpÿ-le aq& fidèles; ne le dites pas aux incrédules^ Gherchefeïeur des arguments qui puissent les convaincra. Ne. supposez pas avec eux ce qui est en question, si voiïs vtaule^réoîlemqnt discuter. Répéter sans cesse un 'argument qui-/ par lè fait, est un cercle vicieux, c’est moins raisonner qiu’&-