PARTIE IV. CONCLUSION GÉNÉRALE
voquer je ne sais quel prétendu droit de se passer de raisonnement.
Est-il possible qu'on vienne contester le droit de penser librement, quand l'acte de penser n'est pas autre chose que l’adhésion spontanée de l’esprit à la réalité d’un fait •ou à la vérité d’un principe? Quand j’ouvre les yeux et que je vous vois, \enez donc me dire que mes yeux se trompent ! Quand ma raison déclare qu’à tout effet produit il faut une cause, essayez donc de m’obliger à n’en rien croire ! Introduisez-vous donc entre ma pensée et son objet! Vous le pouvez, oui, pour me tromper; jamais pour m’éclairer. Eclairer un homme, ce n’est pas autre chose que de le mfettre à même d’user libre- 9 ment de son esprit. C’est faire appel à sa liberté. Lorsque je pense à Dieu, et que je me demande s’il existe,, apportez-moi des .preuves, développez-les, mettez-les à ma portée , faites qu’elles me deviennent évidentes : vous m’aurez par là conduit à croire , mais vous n’aurez pas violenté mon esprit; son adhésion sera éclairée ; donc elle sera libre. Au contraire, empêchez-moi de penser, ôtez-moi le temps nécessaire à la réflexion; ôtez-moi la volonté de réfléchir; qu’avez- vous fait? vous avez détruit, autant qu’il était en vous, ma faculté intellectuelle ; vous m’avez violemment détourné de ma nature et de ma destinée; vous m’avez ôté la libre disposition de ma propre force; vous avez attenté à mon être !
Proposer une doctrine, la prouver, c’est reconnaître la liberté et la force de la raison ; imposer une doctrine par la violence, par la captation ou par l’abêtissement, c’est dégrader l’homme et désobéir à la volonté de Dieu qui nous a faits intelligents et libres. « La conduite de Dieu qui dispose toutes choses avec douceur est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l’esprit et dans le cœur par la force et par les menaces, ce n’est pas
y mettre la religion, mais la terreur ; terrorejn potius quàm religionc r m i ! »
Pour comprendre à quel point est sacré le droit de disposer librement de sa pensée, prenez une vérité qui vous paraisse incontestable, une de ces vérités sur lesquelles on ne conçoit plus de doute, parce qu’après de longues et mûres réflexions- on en a pénétré et apprécié toutes les preuves ; que cette vérité ne soit pas une de ces vérités abstraites dont on n'aperçoit pas immédiatement l’usage ; faites, au contraire, que ce soit une croyance sainte à laquelle tous les plus chers intérêts de votre vie soient attachés ; et supposez ensuite qu’un maître, quel qu’il soit, entreprenne de l’arracher de votre esprit. Vous vous récriez, vous dites que je fais des hypothèses impossibles ; qu’on pourra vous forcer au silence et même au parjure, au silence si vous êtes faible, au par*jure si vous êtes pervers, mais non à l’erreur, parce qu’il ne dépend ni de vous ni de personne de rompre l’union qui s’est une fois établie entre une vérité et l’esprit qui l’a jugée évidente : mais en cela vous vous trompez. Il y a des forces qui pénètrent jusqu’à l’âme : on peut employer le sophisme, l’intérêt, l’exemple, la routine ; on peut s’attacher à fausser votre jugement et à dépraver votre volonté; on peut surexciter vos passions. Que direzvous de l’homme qui entreprendra cela sur vous? Est-ce là une pensée qu’on puisse soutenir ? Croyez-vous qu’il ne vous ravisse pas à vous-même ? Un assassin ne peut que vous tuer. Celui-ci attente à votre âme immortelle. Ce n’est pas en vain que l’Évangile a dit : « Ne eraignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps 2 : »
Eh bien ! ce que cet homme veut faire sur vous, les ennemis de la liberté de penser veulent le faire sur l’humanité. Mesurez à présent leur attentat 1