PARTIE IV. CONCLUSION GENERALE
Non, ce n’est pas le christianisme qui a fondé l’inquisition et fait la Saint-Barthélemy. Ceux qui viennent nous dire aujourd’hui que l’inquisition était nécessaire et que la Saint-Barthélemy était juste, calomnient le christianisme. S’ils avaient raison, les ennemis de la foi n’auraient besoin pour l’écraser que de l’histoire. Ces horreurs que vous mettez à la charge de la foi chrétienne ont été enfantées par l’intolérance et le fanatisme. Qui êtes-vous donc? et comment parlez- vous de paix, de concorde et d’amour, si vous revendiquez tout un passé de bourreaux ?
Que les intolérants ne se vantent pas de représenter le christianisme. Trop d'évêques, trop de pasteurs protestent contre eux. Chaque fois qu’ils élèvent Ja voix pour annoncer une prétention nouvelle, on entend k côté d’eux de sages paroles qui les rappellent à la modération, à la charité, à l’Évangile. Nous pourrions les combattre avec les seqles exhortations des évêques, tant il est vrai qu’au lieu de servir la foi, ils ne font que la méconnaître, et la rendre aux yeux des esprits inattentifs responsable de leurs fureurs. J’ai beau ouvrir l’Évangile , je n’y trouve nulle part l’esprit de domination et d’intolérance ; j’y trouve, à chaque page, la charité. Écoutez ces paroles de résignation et de douceur : « Jésus appela les douze apôtres et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, « il sera le dernier de tous et le serviteur de tous *.... Car « le Fils dç l’homme lui-même n’est pas venu pour être « servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemp- « tion de plusieurs 2 . » Puis il prit un petit enfant qu’il mit au milieu d’eux, et leur dit : « Quiconque reçoit en c mon noiii pn petit enfant comme celui-ci, me reçoit 3 .... « Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume de « Dieu est pour ceux qui leur ressemblent 4 . » *
Jésus meurt sur la croix en pardonnant à ceux qui le
1. Saint Marc, îx, 34.-* 2, Ib. y x, 4b. — 3. /£., ix, 35, 36.
tuent. « Lorsqu'ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire, ils y crucifièrent Jésus et ces deux voleurs, l'un à droite et l'autre à gauche. Et Jésus disait : « Mon père, parte donnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font 1 . » Laissez-moi, moi philosophe, moi libre penseur, prolonger cette lecture. Nous n'avons pas à rougir de ces maximes de l'Évangile, car nous n’avons jamais provoqué de vengeances; nous n'avons pas fait appel aux puissances contre ceux qui ne partageaient pas nos doctrines ; nous n'avons pas ravivé les querelles religieuses et tenté de troubler la paix des consciences.
Voici en deux mots toute la morale de l'Évangile: « Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait à vous-mêmes. Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie aiment ceux qui les aiment ? Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie font la même chose ?... C'est pourquoi, aimez vos ennemis, faites du bien à tous et prêtez sans en rien espérer, et alors votre récompense sera très-grande, et vous serez les enfants du Très-Haut, parce qu'il est bon aux ingrats et même aux méchants. Soyez donc pleins de miséricorde comme votre Père est plein de miséricorde. Ne jugez point et vous ne serez point jugés*. »
Écoutez encore les mêmes doctrines : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement. Et voici le second, qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements 8 . »
Et encore : « Mes petits enfants, je n'ai plus que peu de
Saint Luc, xmi, 33, 34. — 2. Ib., vi, 31, 32, 33, 35, 36, 37,