PARTIE I. L’HISTOIRE
démettre de leurs charges en faveur de catholiques L Longtemps auparavant, le parlement de Rouen avait décidé qu'il ne tolérerait plus au barreau de la cour plus de dix avocats religionnaires, ni plus de deux dans les tribunaux subalternes *. Cette prohibition, qui alors paraissait très-dure, fut bien dépassée depuis, quand la profession d’avocat fut interdite aux protestants dans tout le royaume 1 2 3 . On leur ôta jusqu'au métier de clerc 4 . Le cercle se resserrait de plus en plus autour d'eux; on n'allait à rien moins qu'à leur interdire tout moyen de subsistance.
On les poursuivait aussi dans leurs sentiments les plus intimes. Des empêchements nombreux furent apportés à la conclusion des mariages mixtes. L’article 1 1 du règlement du 10 avril 1666 porte que les ministres ne pourront faire aucun mariage entre catholique et protestant, lorsqu’il y a opposition, et tant que ladite opposition n'a pas été levée par les juges à qui la connaissance en appartient. Ils seront d’ailleurs tenus, dans tous mariages, d'observer les lois de l’Église catholique pour les degrés de consanguinité et d’affinité 5 . Les enfants d’un père catholique et d’une mère protestante devront être baptisés à l’église 6 et élevés dans la religion catholique 7 . Il en sera de même des enfants exposés et abandonnés 8 et des bâtards 9 . Bientôt l’obligation d’élever dans la religion catholique tous les enfants issus d'un mariage mixte ne parut plus une barrière suffisante: ces enfants furent déclarés
1 . Arrêt du Conseil, 18 avril 1683. — 28 juin 1681. — Déclaration du 15 juin 1682.
2. Arrêt du 3 décembre 1674. — 8. Déclaration du 11 juillet 1685.
4. Défense à tous juges, avocats, notaires, procureurs, huissiers et
praticiens, de se servir de clercs religionnaires, 10 juillet 1685.
5. Règlement du 2 avril 1666. Art. 41. Dans la suite, tous les mariages mixtes furent prohibés. Une déclaration du 18 juin 1685 porte que les temples où de pareils mariages auront été célébrés, seront rasés.
6. Mars 1663. — 7. Règlement de 1666, art. 46. — 8. Ib . , art. 60.
9. Déclaration du 31 janvier 1682. Il fut défendu de nommer des
tuteurs protestants. Déclaration du 4 août t085. Autre du 14 août.
illégitimes et incapables de succéder 1 . On pensa que les parents pourraient cacher un enfant, dissimuler son origine pour échapper k ces prescriptions; pour éviter la complicité ou la fraude, l'exercice de la profession de sagefemme fut interdit aux protestantes*. C'est toujours sur les enfants qu'on a les yeux; c'est par eux et en eux qu'on punit les pères; c’est en les arrachant au protestantisme qu'on veut en finir. Les édits, les déclarations, les arrêts du conseil se multiplient, chaque jour plus oppressifs. Il n’y aura d'école protestante qu'aux lieux où l’exercice public de la religion est autorisé \ Il n'y aura, dans les lieux où la religion est autorisée, qu'une seule école et un seul maître 4 5 . On n'y enseignera que la lecture, l’écriture et l'arithmétique 8 . Toute facilité fut donnée aux enfants pour se convertir malgré leurs père et mère. Ils purent exiger une pension dès l’âge de quatorze ans pour les garçons et de douze ans pour les filles 6 . A douze ans, les filles des religionnaires purent entrer, contre le gré de leurs parents, dans la maison de la propagation. Un père, une mère, qui se voyait arracher sa fille, allait la voir au parloir, tâchait de l’ébranler : on y pourvut; les visites du père et de la mère furent prohibées jusqu'après l'abjuration 7 . Les filles ne pourront tire forcées à voir leurs parents avant l'abjuration, dit l’arrêt : le tour est admirable. Quatorze ans pour les garçons, douze ans pour les filles, c’était bien tard. L'autorité d’un père et d’une mère avait une grande latitude pour s'exercer pendant ces douze ans. L’édit du 17 juin 1681 fixa la limite à sept ans. * Voulons et nous plaît que nos sujets de la religion prétendue réformée tant mâles que femelles, ayant atteint l’âge de sept ans,
4. Édit de novembre -1680. — 2. Déclaration du 20 février 4 680.
3. Règlement de <666, art. 46. Arrêt du Conseil, 44 janvier 4683.