PARTIE I. L’HISTOIRE
continuant la résistance jusqu’au bout, prit un arreté pour charger le premier président de représenter au roi a les inconvénients qu’il y aurait à soustraire des accusés aux poursuites régulières de la justice par des voies d’autorité, dont les exemples ne pourraient être que trèsdangereux, et qui, loin d’en imposer aux coupables, pourraient être regardées comme un moyen sûr d’échapper h la sévérité des lois et d’éluder l’exécution des arrêts de la cour. » On passa toute la nuit à imprimer cet arrêt. Dès cinq heures du matin, il fut affiché à tous les coins de rue, et on le cria toute la journée dans Paris. Ceci se passait le 18 avril 1752.
Le 2 mai, un arrêt du conseil d’État, destiné à mettre fin à ces querelles, fut crié dans Paris, et médiocrement accueilli parla population. Les jansénistes du parlement s’en plaignirent; le clergé s’en montra offensé. Trente et un curés de Paris signèrent une requête à leur archevêque, pour être autorisés à exiger des billets de confession, en dépit du parlement. Sur ce fait, le parlement décréta d’accusation le curé de Saint-Jean en Grève ; mais le roi manda les présidents à Versailles, et leur remit un ordre conçu en ces termes : « J’ai examiné l’information que vous m’avez apportée; mon intention n’est pas que cette affaire soit suivie. J’impose, sur ce, silence à mon procureur général, et je défends à mon parlement de continuer cette procédure, que je veux qui soit regardée comme non avenue, et notamment le décret contre le curé de Saint- Jean en Grève, qui demeurera nul et de nul effet. » Le parlement répondit en incriminant directement l’archevêque, et en déclarant que si le roi persistait dans la volonté d’anéantir les poursuites, les magistrats donneraient leur démission de leurs charges. L’autorité royale était mise en demeuré, et le parlement cessa de rendre la justice. La reine, le dauphin, la dauphine, Mesdames de France, furent se jeter aux pieds du roi et le supplier de ne point abandonner l’archevêque de Paris, et
de soutenir la religion. Le roi défendit de nouveau de continuer l'information contre les curés ; et le parlement répondit à cette défense expresse en donnant à la procédure une impulsion nouvelle. Le roi nomma une commission composée d’évêques et de magistrats de son conseil, pour informer sur les affaires de la bulle; et le parlement, sans tenir compte des ordres de la cour, poursuivit chaque jour des curés accusés de refus de sacrements. Le 30 juin, quand on s’assembla pour juger le curé d’Abbeville, on ne put rien faire par l’absence de deux témoins, que le roi avait exilés la veille à cent lieues de Paris. Enfin, après une lutte scandaleuse, qui rendit la faiblesse du roi manifeste, et dans laquelle le parlement viola la liberté de conscience sous prétexte de la protéger, tandis que l'archevêque, pour défendre un droit abstrait qu’il exerçait avec fanatisme, faillit occasionner la guerre civile, le parlement rendit un arrêt portant que les chambres demeureraient assemblées, tout service cessant, jusqu’à ce que le roi eût reçu ses remontrances. C’était mettre la royauté dans la nécessité de frapper ou de s’avilir.
Le roi exila les cinq chambres des enquêtes et les deux chambres des requêtes du palais. La grand’chambre, qu’on avait épargnée (de la faiblesse jusque dans la violence), voulut partager le sort du reste du parlement, et fut exilée à Pontoise. Quand elle sortit de la chambre après l’arrêté qui causa son exil, elle fut applaudie à tout rompre.
Tout succombait dans ces tristes débats : le roi, le parlement, la religion. L’archevêque violait la liberté de conscience, en recourant au bras séculier; le roi et le parlement, dans leurs conduites diverses, la violaient à leur tour, en s’arrogeant des pouvoirs spirituels.
Ainsi la liberté n’existait pour personne dans les choses mêmes qui relèvent le plus directement de la conscience, et qui sont le plus étrangères aux devoirs publics du citoyen.