‹ La liberté de conscienceChapitre 97 sur 269 · PARTIE I. L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

PARTIE I. L'HISTOIRE

préjugé empêchait les plus fermes esprits de proclamer hautement et sans restriction le principe de la liberté. Il • ne fut pas même mentionné dans la nuit du 4 août.

Les juifs étaient peut-être plus malheureux encore que les . protestants ; ils n avaient pas cessé d'être persécutés depuis l’avénement du christianisme au pouvoir. Quand cette nation, qui ne pouvait s'allier à aucune autre, eut été définitivement vaincue par les Romains et chassée de la Judée, son sort fut de ne pas périr comme religion et comme race, et de ne retrouver sur aucun point de la terre la patrie qu'elle venait de perdre. En France, les juifs avaient été bannis plusieurs fois, notamment sous Philippe le Long, en 1318. Rentrés en France, ils y furent réduits à la condition de serfs mainmortables, ce qui explique une ordonnance de Charles VI 1 , prononçant la confiscation de tous les biens des juifs qui se convertissaient : le roi ne voulait pas tout perdre. Pendant les derniers siècles de la monarchie, la population juive de la France se divisait en deux parties fort différemment traitées : les juifs portugais et espagnols établis à Bordeaux et à Bayonne, et les juifs d’Avignon, qui, plus tard, obtinrent les mêmes privilèges, étaient à peu près considérés comme citoyens; ils pouvaient posséder des terres; ils payaient leurs impôts sur le même pied que les autres habitants, et étaient soumis aux mêmes lois et aux v mêmes juges. Ces droits leur avaient été accordés depuis deux cent quarante ans, par lettres patentes renouvelées de règne en règne, et dont les dernières datent de 1776*. Les juifs d’Alsace, au contraire, ceux de Lor-

ture humaine, ne sera point confondue avec une coupable indifférence pour tous les cultes. >►

*, 4 avril *392. Cf. YEfprit des Lois , liv. XXI, chap. xx.

2. « Voulons, dit l’ordonnance, qu’ils soient traités et regardés ainsi que nos autres sujets nés en notre royaume, et qu’ils soient réputés tels, .ant en jugement que dehors. » On voit cependant quo les juifs étrangers iyant été déclarés admissibles aux nouveaux brevets créés en \ 767, et dont la création fut enregistrée au parlement le 19 juin de la môme an-

raine, étaient réputés étrangers. Il leur était interdit de posséder des terres; ils ne payaient pas l'impôt, mais un droit particulier, appelé droit d’habitation, protection et • tolérance; ils avaient entre eux des syndics qui jugeaient leurs contestations en premier ressort. Ces syndics étaient ordinairement les rabbins, qui étaient réellement reconnus en qualité de magistrats, puisqu’ils pouvaient constater les mariages et les naissances. Il va sans dire que les privilèges des juifs portugais n'allaient pas jusqu’à leur permettre d’exercer un emploi public. A défaut d’autre raison, le serment de catholicité qu’on exigeait pour entrer en charge, les aurait exclus. Les juifs alsaciens ne pouvant être ni fonctionnaires publics, ni propriétaires, s'étaient tous adonnés à l'usure, ce qui les rendait odieux au peuple, et puissants jusque dans leur abaissement. Telle était à leur égard l'indifférence du pouvoir central, que, le 31 décembre 1716, le roi fit don à M. de Brancas et à Mme de Fontète de quarante livres à percevoir pendant trente ans sur chacune des familles juives établies à Metz. Ce droit fut ensuite indéfiniment prorogé, et c’est l’Àssemblée constituante qui l’abolit, non sans opposition 1 .

Je m’arrête à cette date solennelle pour constater combien les progrès de la liberté de conscience ont été lents et difficiles. Ne remontons qu'à la naissance du christianisme. Rome s'endormait dans une indifférence qui rendait la liberté inutile, quand l’apparition du christianisme la réveillant tout à coup, elle se jeta dans la voie des persécutions. Le christianisme l’emporte après trois siècles, et de persécuté qu’il était se fait persécuteur. Nul intervalle pour la liberté; Constantin, dès le jour de sa conversion, impose sa religion à l’empire. Après lui, Julien, qui se croyait philosophe, ne sut pas être libéral; et son successeur put changer une troisième fois la religion

née, les six corps de la ville de Paris présentèrent requête au roi en sou conseil pour les faire exclure des corporations d’arts et métiers.

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