LA LIBERTÉ DE I
çons de toute nature, la rencontrerait, qu'il le voulût ou dod siii- son chemin et que, selon l'éloquente exj >n de M. le
duc de Broglie, il serait obligé de la saluer ou de (a braver; nous ajoutons qu'on lui interdirait de la saluer, el qu né< sairement il la braverait. Que nous a-t-on i «pondu ? Rien, absolument rien en principe ; seulement, l'I onorable M. Ferry a c layé (Je répondre on fait. 11 nous a dit que la 'ion
de i' enseignement scolaire et de l'enseigi faite dans les lycées, et que personne ne s'en plaint, que person te ne reproche à l'enseignement des lycées d'être un enseignement antichrétien. Mais que vaut cette réponse ?
On ne peut établir d'assimilation apparemment qu'entre l'enseignement des classes élémentaires des lycée- et l'en gnement des écoles primaires. Or, jusqu'ici,, dans les clai élémentaires des lycées, la clause commençait par le Veni Sancte et se terminait par le Sub tanin, L'histoire sainte y était enseignée, en môme temps que le catéchisme était enseigné dans le lycée et par l'aumônier même attaché à rétablissement. L'Epitonie historiée sacrœ était expliqué par les élèves de huitième., le Novwn Testament um par les élèves de septième, les évangiles grecs par les élèves de sixième. Donc l'instruction religieuse n'était pas séparée de l'enseignement scolaire. Elle le sera, vous laïciserez les classes élémentaires des lycées, comme vous laïcisez les écoles primaires, je n'en doute pas. L'instruction religieuse était maintenue dans les h*cées. Donc, votre argument ne porte pas ; vous n'avez pas de précédents, et nous sommes autorisés à dire que votre école neutre sera par la force des choses une école d'irréligion. {Très bien ! à droite.)
Nous vous avons demandé aussi quel serait l'enseignement moral que vous donneriez dans les écoles ; vous nous avez répondu en vous référant au programme arrêté par le conseil supérieur.
Ce programe, je ne veux pas le discuter : toutefois, je dirai franchement que, s'il vous contente, il ne me satisfait pas. L'idée de Dieu ne s'y montre que sous des formules très voilées et très circonspectes ; je ne reconnais pas là le Dieu personnel et vivant des chrétiens. Quant à la vie future, elle reste tout à fait dans la pénombre comme une sorte de possibilité mystérieuse dont il est bon de tenir un peu décompte
en cas quelle existe à quelque degré. A mon sens, la morale, pour être, efficace, a besoin de sanctions plus certaines, et je ne trouve pas là une base sérieuse pour une forte éducation morale. Dans tous les cas, cet enseignement peut avoir sa place dans l'école normale; il ne peut pas l'avoir dans l'école primaire. Il ne faut à l'enfant ni des spéculations aussi élevées, ni des affirmations aussi équivoques. Tout cela glisserait sur son esprit et n'y laisserait aucune trace; il lui faut des vérités plus sûres d'elles-mêmes, des affirmations plus nettes et plus saisissantes.
Vous l'avez compris vous-même, monsieur le minisire ; et un peu pressé par l'argumentation pénétrante de l'honorable duc de Broglie, vous lui avez répondu qu'assurément on n'enseignerait pas dans l'école primaire des théories sur le fondement de la morale, mais qu'on y enseignerait la bonne vieille morale de nos pères, la notre, la votre, avez-vous ajouté, colle de tout ?e inonde.
Mais, messieurs, la bonne vieille morale de nos pères, c'était la morale chrétienne... {Marques d'approbation à droite) fondée sur l'amour et la crainte de Dieu, sur l'espoir de ses récompenses et la crainte de ses châtiments; c'était la fraternité humaine dérivant de la paternité divine ; c'était la morale de l'Evangile, avec tous les dogmes qui en sont la sanction et la base ! Est-ce cette morale que vous enseignerez d'ans les écoles ? Non, puisque vous voulez séparer l'instruction religieuse de la morale. Ce que vous y enseignerez, c'est une morale plus ou moins indépendante ; cela est de toute évidence. Ne nous parlez pas alors ni de la bonne vieille morale de nos pères ni de la vôtre. Cette morale indépendante, nos pères ne l'ont pas connue, et nous qui la connaissons, nous nous en tenons à la morale chrétienne ; elle est à coup, sûr, la meilleure et la plus sûre. (Très bien à droite.) Que résulte-t-il de tout cela, messieurs? C'est que vous ne nous donnez dans votre loi aucune espèce de garantie pour l'enseignement moral qui sera donné dans les écoles ; et dès lors, tout dépendra du vent qui soufflera, de l'impulsion qui sera donnée, de l'esprit qui dominera dans la direction de l'instruction publique. Quel sera cet esprit ? Là, à mon sens, est la véritable question et le plus grand danger de la loi.
L'honorable M. Corboo ot l'honorable M. Tolaia uous onl
dit comment ils comprenaient cet esprit; je ne me fais pas un argument de leurs opinions, puisque vous les avez désavouées; mais désavouez-vous aussi M. i'aul !>eri qui ne veut qu'on parle dans les écoles ni de Dieu, ni de Pâme :' Désavouez vous M. Gambetta qui, dernièrement, s'adressanl a la Ligue de P en eignement dont vous avez fait récemment vous-même un très superbe éloge, disait : « Vous n'avez ni symbole, ni catéchisme, ni dogme à propager; votre foi et votre Credo. c'est !a culture intellectuelle. » Désavouez- vous, encore une fois, M. Paul Bert et M. Gambetta ?
Jusqu'ici, permettez-moi de vous le dire, vous les avez suivis beaucoup plus que vous ne les avez dirigés; et si ia rupture se faisait, je craindrais beaucoup pour vous qu'elle ne se fit pas à votre profit.
]S j ci i s enfin je laisse de côté l'avenir, je reste dans le présent . Vous-même, monsieur îe ministre, vous ne me rassurez pas. Vous nous avez dit dans la première délibération que la loi avait cette bonne fortune que, pour l'attaquer, on devait lui faire un procès de tendance, que nous en étions réduits à signaler les périls que dans l'avenir et avec d'autres hommes elle pourrait faire courir à la religion et à la liberté; mais qu'à côté de ces périls éventuels, il y avait la garantie actuelle et certaine de votre respect pour la conscience religieuse, respect que vous avez toujours affirmé, auquel vous n'avez jamais dérogé, respect que vous avez proclamé dans une circonstance toute récente à la Chambre des députés ; et là-dessus vous avez fait la distinction entre la politique anticléricale, et la politique antireligieuse en reconnaissant que votre politique avait été résolument anticléricale, mais en ajoutant que jamais elle n'avait été et qu'elle ne serait jamais une politique antireligieuse.
Eh bien je n'accepte pas, pour ma part, la question ainsi posée.
Je ne me préoccupe pas seulement de ce qui sera., je me préoccupe de ce qui est. Je ne redoute pas seulement vos successeurs : je vous redoute vous-même. {Trèshien! à droite,) Je ne songe pas seulement à un péril qui pourra naître; je suis très soucieux d'un péril qui est déjà né. qui e I né par votre fait. Et ce qui fait à mon avis la gravité considérable
du projet de loi, c'est qu'il sera dès aujourd'hui et entre vos mains, unearme au service d'une politique qui est bien réellement, dans Ja véritable acceptiou du mot, une politique antireligieuse. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.)
Et ici je ne parle pas de vos tendances, parce que vous pourriez ma dire que je les exagère ; je ne parle pas de vos intentions, parce qu'elles ne m'appartiennent pas et que je respecte toujours les intentions de mes adversaires. Je parle de vos actes ; iis appartiennent à la discussion et ils m'autorisent à vous dire que le projet de loi actuel vous a été inspiré par une politique antireligieuse, que c'est dans l'esprit de cette politique que vous l'appliquerez. (Très bien ! très bien ! à droite.)
Est-ce que ce projet de loi est isolé 1 Est-ce qu'il n'est pas le couronnement d'un plan que vous poursuivez depuis votre entrée au ministère avec un acharnement que rien n'arrête, avec une préméditation que tout annonce ? (Très bien ! à droite.) 1
Croyez-vous donc que nous ne nous souvenions pas d'hier'? Croyez-vous que nous ayons perdu la mémoire, ou bien croyezvous que les blessures que vous nous avez faites soient déjà cicatrisées ? (Nouvelle approbation à droite.)
N'est-ce pas vous qui avez chassé les évoques et les représentants des autres religions des conseils d'enseignement, les prêtres et les ministres des autres cultes des commissions charitables, les frères et les sœurs de nombreuses écoles où la confiance des familles les soutenait? (Très bien! à droite.)
N'est-ce pas votre ministre de la guerre qui, malgré l'avis contraire des plus hautes autorités militaires dans le passé, de presque tous les généraux et chefs de corps dans le présent, a demandé, ou du moins a soutenu, appuyé, la destruction de l'aumônerie militaire pour chasser la religion de l'armée ? (Très bien ! très bien ! à droite.)
Et l'article 7, n'était-il pas vôtre ? Cet article, dont le Sénat n'a pas voulu accepter la complicité, est-ce que ce n'était pas de la politique antireligieuse en action? (Adhésion à droite.)
Et les décrets du 29 mars ? Ah 1 vous nous disiez récemment que vous ne pouviez pas défaire arbitrairement ce que
1 ■> \ LA LIBEB i i. DE i N ..n..\ . \\ :
Lés conseils académiques avaient fait >ment; c!j bien,
par les décrets du 2\) mars, vous avez pris votre revanche contre le rejet «Je l'article 7 ; {Vioe approbation à droite) et ce que le Sénat n'avait pas voulu vous perm >ttre <Je faire légalement, vous l'avez fait arbitrairement. {Applaudissements sur les mêmes hunes.)
Il y avait dans le ministère d'alors des hommes qui ne voulurent pas continuer cette triste besogne : vous restâtes président du conseil, pour en assurer l'achèvera -nt ;et alors nous avons vu les chapelles fermées, les domiciles violes, les religieux expulsés par la force, {Interruptions à yauc/te — Nouveaux applaudissements à droite, l'accès de la justice ordinaire refusé aux proscrits, le tribunal des conflits consommant l'œuvre d'iniquité par une jurisprudence qui supprimait le recours. (Bravos à droite.)
Qu'est-ce donc que cela, sinon une politique antireligieuse, aboutissant à des proscriptions révolutionnaires ?
Et cette politique, est-ce que je ne la retrouve pas encore dans cette persécution qui, après avoir détruit le droit collectif des congrégations religieuses, s'acharne encore au droit individuel des religieux enseignants, qui invente contre ce droit la théorie de l'immoralité professionnelle et qui trouve des juridictions disciplinaires pour la sanctionner ; qui appelle le sophisme au secours de la loi pour la tourner contre elle-même, et fait sortir l'oppression de la protection donnée à la liberté. (Très bien! et applaudissements à droite.)
Et voulez-vous quelque chose de plus caractéristique encore ?
A gauche, ironiquement. — Oui ! oui !
Un sénateur à droite. — Gela commence à bien faire !
M. Chesnelong, se tournant vers la gauche. — Vous dites ouil Eh! bien, je vais vous satisfaire. La croix n'est pas apparemment l'enseigne de je ne sais quel cléricalisme dominateur ; c'est le signe de la rédemption des âmes et de leur liberté reconquise par un sacrifice divin qui fut la manifestation d'une grande puissance dans un grand amour. Qu'a fait de la croix M. le préfet de la Seine ? (Très bien ! à droite.)
Et vous, monsieur le président du conseil, vous qui n'aviez rien ordonné au début, — vous l'avez dit et je le crois — lorsque vous avez tout su, lorsque le Sénat vous a rappelé
au respect de la loi et do la conscience publique, qu'avezvous fait? M. le préfet de la Seine est toujours aux Tuileries (Très bien! très bien! à droite. — Exclamations ironiques à gauche) et les croix sont toujours dans les greniers où sont entassé-î les mobiliers scolaires hors d'usage. {Applaudissements à droite.)
Un sénateur à gauche. — C'est un petit autodafé!
M. Chesnélong. — Je pourais poursuivre cette énumératiou. (A la question! à gauche.) Je suis tout à fait dans la discussion de l'article 1er {Oui! oui! à droite), — c'est à l'occasion de cet article que M. le ministre nous avait dit : Vous n'avez rien à redouter de l'application de cette disposition ; elle sera modérée et bienveillante; car si ma politique est anticléricale, elle est aussi une politique respectueuse de la religion. Je réponds à M. le ministre que je redoute l'article 1er à cause de l'application qu'il en fera, parce que sa politique est antireligieuse. Je dis cela et je le prouve ; je suis donc bien dans la question. {Adhésion à droite.)
Je pourrais poursuivre cette douloureuse énumération; mais j'en ai dit assez pour caractériser cette politique antireligieuse qui est la vôtre, dont vous avez accepté la responsabilité et dout vous portez le poids devant la conscience publique et devant l'histoire.
Croyez- vous qu'il suffise d'un discours relativement modéré à la Chambre des députés pour effacer ces souvenirs de guerre et de discorde? Et d'ailleurs, qu'avez-vous donc fait à la Chambre des députés? Vous vous êtes opposé à une proposition extravagante, cela est vrai; mais vous avez retenu le moyen d'empêcher le recrutement du sacerdoce et de tuer le recrutement de l'enseignement libre. Je vous ïe demande, qu'est-ce donc qu'une politique qui, dans ses jours de modération, compromet, dans leurs conditions d'existence les plus nécessaires, des intérêts aussi considérables que ceux-ci: les vocations sacerdotales et le jpersonnel de l'enseignement libre? {Oui! très bien ! très bien! à droite.)
Entre la politique de nos adversaires les plus acharnés et la vôtre, j'aperçois bien quelques différences. La leur est plus brutale, la votre est plus habile ; la leur est plus impatiente, la vôtre est plus méthodique. Ils disent carrément qu'ils veulent s'attaquer au catholicisme, vous dites, vous,
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que vous êtes pléiade respect pour Le catholicisme des consciences, et que vous ne vous attaquez qu'au catholicisme politique.
Ils sont plus violents en paroles, vous êtes plus dangereux en fait. Mais eux et vous vous poursuivez un but commun, celui d'amener ce noble pays de France, qui se révolterait contre l'apostasie si on la lui proposait ouvertement et directement, de l'amener, dis-je, par degrés, peu à peu, étape par étape, à une apostasie inconsciente qui serait le sceau de sa servitude et la préparation de sa décadence. {Applaudissements à droite.)
Voilà dans quel esprit vous appliquerez le projet de loi. Il faut dire les choses comme on les pense et comme on les voit ; vous installerez l'irréligion dans l'école ; vous ne l'appellerez pas par son nom, mais elle y sera; ce que vous avez fait ne peut laisser aucun doute, à aucun esprit sensé et prévoyant, sur ce que vous ferez. (Adhésion à droite. — Oui! très bien !)
Il y a là, et c'est le dernier point que je voudrais préciser, une véritable entreprise d'oppression contre la conscience chrétienne.
Quand, dans la première délibération, nous avons signalé ce caractère de votre loi, vous nous avez dit: Non, nous ne portons pas atteinte à votre liberté ; nous résistons simplement à votre domination!
Ah 1 vous nous accusez de vouloir la domination ; M. Foucher de Gareil renouvelait tout à l'heure cette imputation.
Eh bien, voyons, consultons notre histoire d'hier et votre propre histoire. (Exclamations ironiques à gauche. — Parlez ! parlez ! à droite.)
Rassurez-vous, messieurs de la gauche ; ce ne sera qu'un simple rapprochement ; peu de mots y suffiront. Ce ne sera pas long, et j'espère que ce sera décisif.
Vous êtes les maîtres depuis quatre ans...
Un sénateur à gauche. — Hélas ! si c'était vrai!
M. Ghesnelong. — ... et ce court espace de quatre années vous a suffi pour saccager, en matière d'enseignement, tous nos droits et toutes nos libertés. (Mouvement et approbation à droite.)
A gauche. — Oh ! oh ! saccager !
M. Chesnelong. — Nous avons été, nous-mjme>, les maîtres à deux époques, de 1849 à 1852 et de 1870 à 1875. Qu'avonsnous fait ? Dans la première période, La loi de 1850 ; et, dans la deuxième, la loi sur l'aumônerie militaire et la loi de 1875, c'est-à-dire deux lois de liberté, sans privilège pour nous {Exclamations à gauche), et sans exclusion contre personne.
Voilà le fait, voilà l'histoire; et maintenant, je vous le demande, où est l'esprit de domination ?
Mais cet esprit de domination, il avait, dites-vous, envahi nos écoles, et il était représenté par le curé.
Mais, enfin, messieurs, est-ce que nous ne savons pas ce qui se passe dans les écoles? Est-ce que le curé y exerce une prépondérance dominante ? Est-ce qu'il est seul à les surveiller? Est-ce que, à côté de lui, il n'y a pas le maire, l'inspecîeur d'académie, le préfet, le sous-préfet?
L'instituteur se préoccupe surtout d'obtenir la bienveillance de l'inspecteur primaire, qui est son chef immédiat, et de ne pas s'exposer à la disgrâce du préfet de qui dépend son sort.
Quant au curé, son action est sur l'arrière-plan; elle est toute morale (Dénégations à gauche); elle ne se traduit que par de rares conseils, et elle ne peut jamais s'imposer. Voilà la vérité, messieurs, et j'en appelle à tous ceux qui connaissent l'état des choses dans nos campagnes et qui jugent ces questions d'après la réalité des faits, et non pas au point de vue d'un parti-pris préconçu. (Approbation à droite.) Encore une fois, où est dans tout cela, l'esprit de domination qui peut justifier vos ombrages? (Rumeurs et réclamations à gauche. — Nouvel assentiment à droite.)
Mais, dites- vous encore, à côté de la liberté des croyants, il y a la liberté des incroyants que vous devez sauvegarder, car l'école publique est ouverte à tous et vous ne pouvez pas y donner un enseignement dont la conscience de que'quesuus aurait à souffrir. Peu importe, avez-vous ajouté, que ceux-ci soient peu nombreux. L'argument du nombre n'est pas de mise dans les questions où le droit est engagé.
Mais qui donc veut porter atteinte à la liberté des incroyants? Nous reprenons la loi de 1833: chaque fois que dans les écoles se trouveront des enfants pour qui leurs pa-