‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 11 sur 86 · LE FRUIT MUR · texte numérisé non relu

LE FRUIT MUR

temporel, on ne saurait obtenir que ce qu'on obtient en additionnant l'autorité et la liberté, c'est-à-dire rien du tout.

Ce qui prouve que si lorsqu'on est petit on vous apprend des choses justes, cela ne sert à rien à ceux qui sont devenus grands, puisqu'ils n'en font pas moins de sottises.

Le traité étant ridicule n'enfante, comme il est naturel, que des actes ridicules. Est-il rien de plus comique que de voir le gouvernement, au nom du Concordat, c'est-à-dire au nom des intérêts communs (?) de l'Eglise et de l'Etat, fermer les cbapclles libres, qui ne nous coûtent rien, afin d'entretenir celles qui nous coûtent, et veiller avec grand soin à ce que les messes soient payées à ses curés, non à d'autres? Non moins comique de pénétrer dans le temple et d'y choisir celui qui doit y représenter le bon Dieu. J'avoue que je m'esclafPe quand je vois des hommes qui font profession d'incrédulité se juger autorisés à indiquer aux autres ce qu'ils doivent croire, dans quelle mesure ils doivent le croire, en un mot réglementer un dogme auquel ils ne croient pas eux-mêmes.

Il n'existe et il ne peut exister en vérité que deux systèmes : celui d'une religion d'Etat, d'un culte d'Etat, ou celui de la liberté. Ces deux systèmes ont leur logique, mais le nôtre, qui consiste à reconnaître trois cultes et à vouloir nous

mêler de leurs pratiques contradictoires, à l'exclusion d'un quatrième, autrement dit à admettre trois vérités qui se combattent, tout en n'en adoptant aucune, c'est tout bonnement le comble de l'absurdité. Il y aurait un autre système qui, celui-là, ne serait pas illogique, mais qui serait aussi abominable et despotique que la religion d'Etat, ce serait l'irréligion d'Etats Quelques-uns en veulent, jnoi pas. Mon Dieu, que d'affaires ! et ne pouvons-nous, en cela comme en toute autre matière, instituer la liberté ?

Je sais bien que cela est nouveau, que cela est même sans précédent. Je n'ignore pas que, lorsqu'on a parlé de liberté de conscience, et tout le monde en parle, on a fait et l'on fait un tas de réserves in petto ; toujours la liberté qu'on réglemente et qui n'est plus la liberté. Mais c'est précisément à ces fanatismes pour ou contre qu'il serait temps de mettre un terme. A moins de nier tout progrès, l'beure est venue pour nous d'inaugurer un esprit vraiment nouveau et d'essayer si par hasard il ne serait pas possible de constituer une société où religions et philosophies mêlées se prêclieraient, se propageraient ou s'annihileraient à leurs risques et périls, tout aussi tolérées, tout aussi protégées les unes que les autres, sans que l'Etat, assurance publique, ait à se préoccuper de ces idées individuelles.

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