‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 23 sur 86 · DOIT-ON LE DIRE · texte numérisé non relu

DOIT-ON LE DIRE

qu'ailleurs. Donner et retenir ne vaut. Me charger d'enseigner, à la condition que je n'enseigne rien, est une plaisanterie d'opérette. Nous vivons sur cette illusion, que tous les faits démentent, et qui ne trompe plus personne. Il serait grand temps que cette neutralité fût remplacée par la liberté.

Tout maître, quoi que vous y fassiez, enseignera sa doctrine, à moins qu'il ne cesse d'être un homme et un penseur. S'il est athée, le plus petit enfant le verra bien, et, s'il est déiste, s'il est chrétien, son opinion ressortira de toutes ses paroles, de toutes ses leçons.

Dès que vous sortez du domaine de la science pure et simple, mathématique ou physique, que vous traitiez d'histoire, de philosophie ou de littérature, force vous est de choisir, d'émettre des idées, des jugements; et ces idées, ces jugements, ne peuvent être que les vôtres. Le plus consciencieux aura beau s'en défendre ; ce qu'il croit percera toujours dans ce qu'il dit. Et le silence même sur certains points n'est-il pas instructif? "Ne pas parler de certaines choses, n'est-ce pas les méconnaître ?

Cette neutralité chimérique sur des matières livrées, je le crains bien, pour toujours, aux disputes des mortels, devrait faire place à la large liberté de les traiter selon sa convenance. Il suffirait pour cela de les dégager de toute consé-

quence politique et matérielle. Lorsque les sociétés seront en possession de l'Etat que je rêve, c'est-à-dire de l'Etat assurance mutuelle, ne s'occupant pas plus des discussions philosophiques de ses membres qu'un conseil d'administration ne se préoccupe des croyances de ses actionnaires, alors en eiïet l'Etat sera neutre, mais l'Etat seulement; quant aux hommes de chair et d'os, et d'esprit, eux qui ne sont pas des abstractions, ils pourront, en dehors des intérêts, répandre tout à leur aise ce que les uns appelleront des vérités, les autres d'imaginaires erreurs.

Nous sommes loin, je le reconnais, de cet âge fortuné. Et, les choses n'étant pas à leur place, l'allocution de M. Dautresme a excité parmi les croyants une colère égale à celle qu'eût excitée une allocution en sens contraire parmi les incrédules. Peut-être, n'y étant pas obligé, eût-il sagement agi en parlant d'autre chose et en se renfermant dans les banalités traditionnelles. Il a, dit-on, compromis le gouvernement, et montré clairement que l'anticléricalisme n'est qu'un trompe-l'œil et que, derrière cette guerre à une politique, il n'y a ni plus ni moins qu'une guerre antireligieuse.

Je ne crois pas, soit dit entre nous, qu'il ait détrompé grand monde. La porte qu'il a enfoncée était suffisamment ouverte. Seulement, il eût été de bon goût de ne s'y point appuyer. Parce

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