LA SÉPARATION
qui ont précédé l'œuvre du Concordat, il n'y avait point de troubles religieux. Est-ce qu'il y en a dans les pays vraiment libres, où les cultes sont tous également protégés et où chacun professe et entretient la religion qui lui plaît ?
Là où M. Dupuy a raison, c'est dans sa critique des divers projets qui nous sont présentés. Il est certain que tous ou presque tous, après avoir posé le principe de la séparation dans l'article premier continuent à légiférer sur la religion tout comme si l'Eglise était encore concordataire.
Mais que voulez-vous ? C'est la coutume. Nous ne possédons pas une seule loi dont les cinquante articles ne soient consacrés à démolir le premier. C'est en quoi consiste la beauté de notre législation.
Brasseur, dans je ne sais plus quel vaudeville, tombait chez un notaire et lui dictait le testament suivant :
« Article premier. — Je lègue toute ma fortune à mon ami Pancrace.
a Art. 2. — Je lègue quarante francs à ma blanchisseuse.
« Art. 3. — Mon ami Pancrace m'ayant fait une crasse le jour de ma fête, je retire le legs que je viens de lui faire.
« Art. 4. — Je retire également les quarante francs de la blanchisseuse. »
Le notaire restait ahuri. Il avait tort, car tout son Code n'est pas bâti autrement. Les auteurs des propositions de loi sur la séparation n'ont pas manqué de suivre la tradition. Dans le premier article, ils séparent l'Eglise et l'Etat ; dans tous les autres, ils les réunissent.
La simplicité éclatante de la liberté échappe à nos cerveaux embrouillés par les mille et mille complications des réglementations avec lesquelles l'humanité s'est ficelée elle-même depuis le commencement des âges. La pensée qu'il puisse faire ce qu'il veut, tant que cela ne gêne pas son semblable, paraît aujourd'hui aussi monstrueuse à un républicain qu'elle le paraissait jadis à un sujet, a Eh quoi? Vous courez donc oîi vous voulez ? » dit le chien au loup avec stupéfaction. Il n'a point changé de langage.
Mon Dieu, moi, je veux bien. Mais ce que je trouve bête, c'est, lorsqu'on est ainsi bâti, de fonder la République. Nous sommes monarchistes et autoritaires dans toutes nos moelles; si nous ne pouvons pas nous changer, convenons-en, et ne nous dupons pas nous-mêmes. Nous ne parlons que de liberté, et nous ne vivons que d'autorité.
Je conviens volontiers avec M. Dupuy que, pour beaucoup de gens, la séparation est beaucoup moins une question de liberté qu'une question de guerre contre les croyances. Nous