LA. SÉPARATION
n'avons pas fait un pas depuis le temps de la Ligue, et la lutte «ntre incrédules et fidèles ressemble terriblement à celle qui existait alors entre huguenots et catholiques. Les uns et les autres veulent se convertir par la force. A ceux qui vous contraignaient à croire succèdent ceux qui vous contraindraient à ne pas croire, et de ce Charybde on tombe dans ce Scylla. Ce n'est vraiment pas la peine de changer de place.
Nous sommes quelques-uns qui ne sommes pas de cette humeur, pas nombreux et en cette qualité conspués par tous les partis. Il y a même un monsieur qui m'a écrit dernièrement qu'il ne me comprenait pas, oe à quoi je me suis empressé de répondre la vieille parole :
« Hélas ! monsieur, je puis vous donner des arguments, mais je ne puis pas vous donner l'intelligence nécessaire pour les comprendre. »
Renan.
Puisqu'on inaugure dimanche la statue de Renan, pourquoi ne tirerais-je pas de l'oubli les lignes suivantes, que lui consacrait, il y a bien, bien longtemps, notre aimable ennemi Jules Lemaître :
a C'est, écrivait-il, le bienfaiteur de nos esprits. Il en est beaucoup parmi nous qu'il a sauvés de l'impiété. Il nous a enseigné qu'on pouvait cesser de croire aux dogmes des religions positives sans pour cela couper son âme du passé. Il nous a appris à chérir quand même les mythes qui ont consolé et soutenu les hommes dans le cours des siècles ; il nous les a montrés vénérables par là, et aussi parce qu'ils furent des productions mystérieuses et spontanées du sentiment moral et de cette inquiétude qui ne saurait consentir au monde inexpliqué, et qui, si elle fut l'inventrice des religions, est aussi