‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 28 sur 86 · RENAN · texte numérisé non relu

RENAN

nouvelle, ni un seul arrêté nouveau. J'ai confiance en la liberté ! Je suis persuadé qu'introduite dans l'Eglise, elle y produirait des résultats inattendus, et par-dessus tout de profondes divisions, des schismes. L'Eglise catholique n'a, selon moi, qu'un seul grand inconvénient, c'est son unité menaçante, son organisation régimentaire. La liberté dissoudrait cette unité ; les schismes de personnes d'abord, de dogmes ensuite, se produiraient de toutes parts. En réalité, ce qui maintient l'ordre et la hiérarchie dans l'Eglise, c'est l'Etat, ou plutôt le Concordat. L'Etat ne connaît que les évêques et le pape. Mais le jour oii l'Etat déclarerait qu'il ne sait pas qui est pape, ni même qui est évêque, que c'est là une question entre ecclésiastiques et fidèles, l'armée serait dissoute, il y aurait des soldats, mais plus de cadres. »

Mes lecteurs m'en voudront d'autant moins de cette longue citation que mes idées n'auront pu que gagner à être exprimées par la plume d'un homme de génie.

Le Mot de Pilate.

On assure que les excellentes paroles de M. Chaumié ont été fort applaudies. Je n'en doute pas. M. Chaumié recommandait la sagesse, la raison et la tolérance à des gens qui poussaient des cris de haine. Il a été acclamé. Mais je serais prodigieusement étonné si, au premier tournant de la rue, ceux-là mêmes qui venaient de l'approuver ne s'étaient pas remis à crier plus fort qu'auparavant.

Il y a gros à parier qu'on ne changera pas les hommes de sitôt, et que, tant que les uns penseront autrement que les autres, ils essaieront réciproquement de se convertir en pendant leurs contradicteurs à la première lanterne qui se présentera. C'est là un argument souverain, et qui termine toute discussion avec une prodigieuse rapidité.

Il y a quelques années, les cléricaux, tenant

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