‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 3 sur 86 · LANGUE MORTE · texte numérisé non relu

LANGUE MORTE

et se résumant toujours dans ce principe souverain de nos écoles : l'utilité de la tyrannie pour préparer la liberté. »

a ... Tel historien me représente en ce moment un astronome qui a passé sa vie à calculer la courbe d'une certaine étoile, -et il se trouve malheureusement que cette étoile prend une direction tout opposée à celle que l'astronome a marquée. J'en conclus que le calcul n'est pas juste, et qu'il faut avoir le courage de se l'avouer. Nos théoriciens ont négligé dans le calcul une quantité qui se trouve avoir une valeur énorme : c'est la question morale. Ils ont totalement oublié l'effet que produit sur un peuple l'éducation séculaire par le pouvoir absolu. Ils n'ont oublié qu'une seule chose dans l'histoire humaine, c'est l'âme humaine. Comme ils ont vu ce pouvoir absolu concourir à certains progrès, ils se sont dit : a La liberté suivra. » Et ils ont négligé de remarquer que, sous la pression d'une monarchie sans limites, se formait le tempérament moral d'une nation, à qui il deviendrait de plus en plus difficile de pouvoir respirer l'air de la liberté. L'éducation du peuple par ses institutions, c'était là le fond des historiens de l'antiquité. Comment se fait-il que nos théoriciens aient absolument oublié ces larges bases? »

N'est-il pas vrai qu'on a quelquefois beaucoup

de chance d'être mort? En tant que mort, Quinet est acclamé par tout le monde. S'il était vivant, beaucoup de ceux qui l'exaltent avec le plus d'enthousiasme demanderaient ce que veut ce gêneur, qui s'obstine à préférer les droits de M l'individu à ceux de l'Etat et qui déclare sans ambages que ce n'est pas avec l'autorité qu'on fonde la liberté.

Ce langage paraîtrait bizarre aujourd'hui. On ne le comprendrait plus. Et il arriverait probablement à Quinet ce qui m'est arrivé à moimême lorsque je développais ces mêmes idées et qu'un démocrate aussi bien intentionné qu'obtus me cria :

« Mais, monsieur, vous ne parlez que de liberté ! Tous n'êtes donc plus républicain ? »

Monopole roi.

Aimez-vous les monopoles ? Soyez heureux ; on en mettra partout. Nous avons déjà le monopole du tabac, des allumettes, etc; nous aurons demain le monopole du pétrole, après-demain celui de l'alcool ; plus tard viendra celui du pain, de la viande, du vêtement, des pièces de théâtre et des petites femmes.

L'avenir de l'Etat, c'est de devenir un grand magasin. Il n'y aura plus qu'un fournisseur, lui. De même que les grands magasins actuels ont forcé un grand nombre de petits commerçants à fermer boutique et à solliciter une place dans les wagons, de même, et à fortiori, l'Etat dévorera ce qui reste de débitants, qu'il transformera en fonctionnaires.

En attendant qu'il s'empare de toute propriété, l'Etat s'empare de tout commerce. Ainsi se réalisent peu à peu, par la force des choses

et par une marclie patiente, les idées collectivistes. L'Etat-Piovidence est né ; laissez-le grandir, et dans quelques années vous m'en direz des nouvelles.

Le mouvement est irrésistible, autant qu'inconscient. Il n'y a d'ailleurs que les mouvements inconscients auxquels on ne peut résister. Le mot : Monopole est devenu une panacée. Toutes les fois qu'on discute une question quelconque, à laquelle on ne comprend rien, ce qui est le cas des trois quarts des questions, des cris qui ne sont pas divers s'élèvent de nos bancs. Ces cris peuvent se résumer en un seul cri : Monopole. Monopole, c'est le Tarte à la crème d'Agnès; c'est le Sans dot d'Harpagon; c'est la réponse à tout, c'est le remède à tout^ c'est la solution de tout. Avec Monopole, plus de problèmes ; toutes difficultés sont aplanies ; c'est le Sésame, ouvre-toi du conte ; c'est Y alibi du pauvre diable qui, ayant vu qu'un de ses camarades s'était sauvé en invoquant un alibi, conseillait à un autre, qui ne voulait pas payer son fruitier, d'avoir recours à un alibi.

Monopole guérira nos déficits. Nous l'emploierons également, car nulle besogne ne lui est étrangère, à nous instruire, à nous moraliser; et je ne serais pas autrement étonné que l'interpellation qui va avoir lieu prochainement, relativement à la santé publique, se terminât

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