‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 30 sur 86 · LE MOT DE PILATE · texte numérisé non relu

LE MOT DE PILATE

desquelles ils se sont égorgés à qui mieux mieux. Je sais bien qu'aujourd'hui on prétend que c'est fini ; et nos contemporains, fiers comme des dindons, nous assurent qu'ils sont enfin en possession de la vraie vérité, de la vérité scientifique, de celle qui n'est pas au coin du quai. Je les croirais volontiers, si je n'étais obligé de remarquer que, de tout temps et dans tous les siècles, les hommes ont dit la même chose, et qu'ils ont toujours été persuadés qu'ils étaient en possession de la vérité définitive. Cette assertion prétentieuse prouve tout simplement que nous sommes aussi bêtes que nos pères.

Le progrès ne consiste pas dans la découverte d'une vérité que nous ne connaîtrons jamais. Il consiste purement et simplement dans la liberté illimitée de la chercher. L'étude de l'histoire n'a pas d'autre conclusion morale ; et, lorsqu'on a tourné les pages des révolutions humaines, je ne comprends pas qu'à moins d'avoir le cerveau tout à fait bouché il puisse y avoir encore un s-eul homme usant de la contrainte pour inculquer aux autres son éphémère pensée.

Politique de Gribouille.

Je remercie mon confrère et ami Gérault-RicKard, qui d'ailleurs est un esprit des plus ouverts et des plus élevés d'avoir bien voulu constater que les idées que j'exprime aujourd'hui sur la liberté ne diffèrent en rien de celles que j'ai toujours exprimées sur le même sujet.

Il est clair que, si je reste seul ou à peu près seul à les exposer aujourd'hui, ce n'est pas moi qui ai changé, mais ceux qui autrefois les approuvaient et les défendaient avec moi.

Si la République n'est pas la liberté, je n'ai que faire de la République. L'une est le mot : l'autre est la chose.

Gérault-Richard non seulement n'y contredit pas, mais il me semble bien au fond penser tout comme moi. Seulement il y a là pour lui une question d'opportunité, et, ce qu'il me reproche, c'est de jeter une note discordante dans un con-

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