‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 39 sur 86 · LE GUIGNOL · texte numérisé non relu

LE GUIGNOL

politique m'apparaît comme un guignol où tour à tour c'est le commissaire qui est rossé par le passant, ou le passant qui est rossé par le commissaire. Le bâton ne fait que changer de main. A mon humble avis, le progrès consisterait à ce qu'il n'y eût plus de bâton. Mais ce ne serait plus la comédie.

Les coups de bâton qu'on donne sont une chose, les coups de bâton qu'on reçoit en sont une autre. Il sied, je le reconnais, de ne les point confondre= Prendre les enfants pour les instruire d'une certaine façon, c'est un acte abominable; les prendre pour les instruire d'une certaine autre est un acte louable et digne d'admiration. Dans le premier cas, le droit du père de famille est sacré; dans le second, il n'y a pas plus lieu de s'en soucier que d'une interruption parlementaire. Yoilà qui est tout à fait certain, et je ne m'aviserai pas d'aller contre. Il y a une unité morale qui est morale, et une unité morale qui n'est pas morale. Rien de plus clair. C'est d'ailleurs exactement ce que disent les autres, en sorte que là-dessus tout le monde est d'accord, sous cette seule réserve qu'on veut tout le contraire.

Il est vraiment regrettable que des gens qui s'entendent si bien sur les moyens ne s'entendent pas sur le fond. Ils ont pourtant le crâne absolument fait de même, et entre un étatiste et

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un clérical je ne distingue pas la moindre différence. Il faut qu'on leur ait jeté un sort pour qu'ils en soient encore à se disputer, puisqu'en réalité leur cerveau a été jeté dans le même moule.

La perpétuité de l'Eglise catholique, mais rien ne la prouve mieux que la persistance autoritaire dans l'esprit des prétendus libres-penseurs, et leur morale laïque est copiée sur la morale ecclésiastique. Ils tiennent cela de leur mère.

Vous remarquerez d'ailleurs que les plus fougueux mangeurs de curés sont presque tous sortis des séminaires et que les défenseurs du clergé appartiennent généralement à l'Université.

Et voilà ce qui m'effraie un peu. J'ai peur que, lorsqu'on aura tout à fait décléricalisé l'enseignement, nous n'ayons par trop de cléricaux.

La Cité future

Dans cinquante ans, la France sera heureuse. Je m'étonnerais d'y être encore ; mais, parmi les petits enfants qui jouent sous ma fenêtre, il y en aura probablement qui jouiront de cette félicité. Alors Aristote sera vainqueur. Des Champs-Elysées, oii il s'entretient de la bêtise humaine avec Platon et la belle Aspasie, il contemplera la cité de ses rêves. Car il ne faudrait pas se fier aux échecs, plus apparents que réels, de la politique étatiste. Cette politique triomphera, car elle répond aux tendances d'une race décidément incapable de goûter, ni même de comprendre la liberté.

Alors la parole prophétique de Jaurès sera accomplie, et au collectivisme de l'enseignement S'e joindra tout naturellement et tout logiquement le collectivisme de la production. Alors tout ce qui reste à réglementer (il n'y a déjà

plus grand'cliose dans ce cas-là) sera organisé en vue de notre bonheur. Nous n-e possédons encore que cinq ou six millions de lois, chiffre tout à fait insuffisant pour un peuple en progrès. Nous en aurons le double. A celles que nous avons déjà faites, et qui rendent obligatoire la vaccination, la façon de nous coucher et celle de prendre médecine, nous en ajouterons qui fixeront définitivement l'heure de notre dîner, ainsi que celles des galanteries nécessaires. Las gens de bien qui seront chargés de nos destinées s'en occuperont avec tant de zèle que nous n'aurons plus besoin de penser jamais à nousmêmes, ce qui est une grande assurance de tranquillité. Et, si les hommes continuent à se voir interdire le droit de se vouer à l'obéissance, ils n'en seront que plus obligés à la pratiquer.

Il n'y aura, bien entendu, rien de commun entre l'Etat de l'avenir et l'Etat du passé, pas plus qu'entre la musique de Wagner et celle de Rossini. L'Etat, dans l'avenir, ne fonctionnera que pour l'universelle allégresse ; toutes les lois seront justes ; tous ceux qui seront chargés de les appliquer intègres et désintéressés ; qui donc, dans cet âge d'or qu'on nous prépare, pourra se plaindre d'être heureux?

Je sais bien qu'il y a eu de ci de là, qu'il y a encore (en cherchant bien dans les coins on en trouverait une douzaine) de mauvaises natures,

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