‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 44 sur 86 · HEUREUSE RENCONTRE · texte numérisé non relu

HEUREUSE RENCONTRE

En voilà un gaillard qui a mené le genre liumain î

— Il mourut, dis- je, malheureusement.

— Oui, je sais, il s'adonnait trop à la boisson. Personne n'est parfait. Cependant tu reconnaîtras que j'ai raison et que si rester en place ou courir sont deux choses qui s'expliquent, faire de grands sauts pour retomber sur ses pattes n'est qu'un simple mouvement de gymnastique.

— Permettez-moi de vous dire, ô maître, que vous me paraissez avoir oublié les mœurs de votre belle cité d'Athènes.

— Cela est possible : j'ai beaucoup voyagé.

— Autrement vous sauriez que la politique de certains démagogues consiste beaucoup moins à avoir des principes, des doctrines, et à appliquer des idées, qu'à embêter les gens. Embêter les gens, aujourd'hui ceux-ci, demain ceux-là; mais il n'est jamais question d'autre chose. Tenez, dans le journal que vous lisez, là, croyezvous qu'il y ait l'ombre d'une pensée ? On y embête les gens, voilà tout. Ignorez-vous donc quelles délices il y a à embêter les gens? S'occuper de la chose, non de la personne, mais oe serait renverser tous les usages ! Croyez-vous que, si demain quelqu'un me répond, il discutera mon opinion ? Pas du tout. Il dira que je suis une fripouille, et cela fera le compte.

— C'est vrai, c'était comme cela à Athènev

Mais Philippe y mit bon ordre. En attendant ce Philippe^ qui ne saurait tarder, vous ne m'empêclierez pas de vous dire que vous faites de la bouillie pour les chats.

— Pourvu seulement que ce soient les chats qui la mangent!

Le Vieux Chapeau.

Je reconnais volontiers que mon vieil ami Henri Brisson est logique.

Il est logique, comme Aristote, comme Linti- Ihac, comme tous ceux qui ont conservé l'antique compréhension de l'Etat dominateur, du gouvernement ayant charge d'âmes, imposant une direction aux esprits, de la collectivité personne vivante, dont les individus ne sont que des membres dociles et obéissants.

Je suis même obligé de constater que cette idée a pour elle le nombre et la tradition. Elle a régné de tout temps, et chez toutes les nations. Les monarchies n'ont jamais cessé de l'appliquer, et c'est elle dont s'inspire cette Eglise catholique que l'on combat aujourd'hui avec ses propres armes.

L'opinion contraire, c'est-à-dire mon opinion, est toute récente. Considérer l'individu comme

tÔG LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMENT

maître de lui-même, ne sacrifiant de sa liberté que ce qui est indispensable à la liberté d'autrui; regarder le gouvernement non comme un maître, mais comme le conseil d'administration d'une compagnie d'assurances; vouloir le moins de lois possible, le moins d'autorité possible : ce sont choses nouvelles, et devant lesquelles le genre liumain reste ébahi, comme un prisonnier qui, sorti de son cachot, ferme les yeux à la lumière qui l'aveugle.

L'homme veut encore être gouverné. S'il veut rêtre, c'est M. Brisson et les siens qui ont raison. Leur système se tient. L'enseignement est aiïaire d'Etat. Il est tout simple que le gouvernement l'accapare.

Cela est franc, cela est loyal, cela' est absolument conforme à la théorie.

Ce ne sont donc pas les étatistes qui m'étonnent. Ceux qui m'étonnent, ce sont les hommes politiques qui proclament la liberté et qui de cette liberté prétendent exclure un certain nombre de citoyens. Comme si la liberté qui ne luit pas pour tout le monde était encore la liberté ! Je sais bien qu'ils donnent de cette exclusion d'excellentes raisojis; mais un autre parti peut en trouver de non moins bonnes pour exclure une autre catégorie. Dès qu'on admet l'exception, il n'y a plus de liberté, et il faut se

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