LE VIEUX CHAPEAU
ranger avec Brissoii qui, lui, au moins, déclare honnêtement qu'il n'en veut pas.
Son système clioque même moins la justice, et à coup sûr il est moins arbitraire et fantaisiste que tous les expédients auxquels à cette heure la politique a recours pour garder à l'autorité les apparences de la liberté, et pour faire croire qu'on fait quelque chose quand, en réalité, on ne fait rien du tout». Brisson au moins ne tombe pas dans l'iniquité d'excepter d'avance celui-ci ou celui-là : sa loi est générale ; le gouvernement garde pour lui le droit d'enseigner, ou le délègue à qui lui convient aux conditions qui lui conviennent.
Ce qui est curieux, c'est qu'ayant la même opinion que moi et que tous les hommes de bon sens sur l'inefficacité du projet présenté par le gouvernement, Brisson l'accepte volontiers, en donnant pour prétexte que c'est toujours cela, en attendant mieux.
Mais, si cela n'est rien, comment cela préparet-il quelque chose ?
« Eh non, dit Brisson, cela n'est pas rie^. Cela les embête. »
Et il ajoute :
« Si l'on vous forçait, vous, journaliste, à porter une cagoule, à prononcer des vœux et à déménager, évidemment vous pourriez toujours
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écrire, mais n'est-il pas vrai que cela vous embêterait ? »
Pour moi, de 23orter une cagoule, cela ne m'embêterait pas du tout. Cependant, je ferai remarquer à Brisson que, si l'on nous forçait à tout cela, il serait le premier à s'indigner très justement. Comment se fait-il donc que, trouvant odieux qu'on puisse forcer des gens à porter un vêtement, il trouve parfaitement simple qu'on en force d'autres à ne le point porter ?
Cela les embête, soit. La puérilité de faire des lois dans l'unique but d'embêter des gens ne doit pas écliapper à un esprit aussi judicieux que celui de Brisson; et, au fond, je suis bien convaincu qu'elle ne lui écbappe pas. Il le dit du reste en terminant son article; il faut avoir l'air de faire quelque cliose.
Je me souviens qu'un soir, allant dans un théâtre reprendre mon pardessus au vestiaire, je trouvai comme à l'ordinaire tous les vêtements piétines par les passants, sous les yeux efParés de l'ouvreuse affolée. Comme il lui était impossible de retrouver mon pardessus, et que je le réclamais avec des cris désespérés, la brave dame finit par saisir un vieux chapeau et par me le tendre, en disant :
a Prenez toujours ça, en attendant. »
Ayant déjà mon propre chapeau sur la tête, et ne pensant pas que le chapeau d'autrui pût